vendredi 28 mars 2008
Rouget barbet aux carottes et à l'orange
On rencontre parfois des obstacles dérisoires, pouvais je vraiment tenir compte de cet avertissement posé à la hâte sur une barrière pour comice agricole, un bout de carton précaire en guise d'alibi de conscience de nos édiles?
Bien sûr que non, après plus de deux mois loin de mes abers, je trépignais d'arpenter à nouveau mes chemins douaniers, mes grèves tourmentées de rochers noirs et d'algues brisées, mon beau pays froissé par l'hiver, mes épaves, mes rêves, naufrages et contes de plage. Ambiance terrible, projet de coup de tabac, en me retournant, je me suis littéralement assommé à ce contre-jour, le ciel, la mer et la dune, traits noirs épais, lumière insensée, menace et tumulte. Tant de force et de beauté, dès dix heures le matin...
Alors oui, la tempête était passée, dure et méchante, jusqu'à tracer d'énormes cicatrices sur ces parages qui en ont pourtant vu bien d'autres. Un paysage comme labouré par un dément, les mottes d'herbe souple arrachées à y creuser des fosses, brûlées de sel. Les talus mis à nu, les franges de dunes retournées ou lapidées de galets soufflés comme des confettis. Je vous laisse en juger par vous même, j'aurais bien aimé être là pour voir et entendre çà, sans doute ai-je manqué l'une de mes balades les plus dangereuses, même avec arrimée au cou l'ancre d'un clipper.
Je marchais donc dans ce paysage écorché, quand tout à coup une lueur jaune a dérangé mon oeil, pas grand chose, juste un flotteur en ogive, dont la mer s'est emparée pour le déposer avec quelques cailloux en un endroit où personne ne passe jamais, il se trouve que je rêvassais tant que j'en avais quitté les chemins tracés (du hors piste en plus, voici un aveu qui va me valoir une avalanche de reproches municipaux...).
Autopsie d'une plage à la fin de l'hiver
On ne lutte pas contre l'atavisme, cet objet de rien m'a rappelé mes anciens qui glanaient sur les grèves après chaque tempête, j'ai aussitôt décidé de descendre sur le sable, dans une crique que je connais, où le courant pousse les épaves vers leur dernière escale. Un bac à sable de rien du tout, c'est étonnant tout ce qu'on peut y trouver, et je ne vous infligerai pas les bouteilles de plastique, planches, garcettes ou bouts de nylon et autres bidons...
Je me dis parfois que je suis l'un des derniers rôdeurs de grèves, de ces nostalgiques prenant le temps de la curiosité gratuite. Gratuite mais gratifiante, je vous invite à ces rencontres bizarres que le flux d'hiver nous livre, drôle de calme après la tempête! Déjà, ce débris de flotteur orangé, il a fallu une force assez incroyable pour le briser... Je ne l'ai pas ramassé, quelle négligence, je suis certain que j'aurais pu le revendre comme baignoire à un éleveur de canaris.
Des oeufs de raie, dits aussi "bourse du diable". Des os de seiche par centaines, si vous élevez des canaris en prévision d'une prochaine disette, c'est le moment de passer, et plus rare, beaucoup de grosses seiches mortes, décapitées même, ne me demandez ni comment ni pourquoi, mais je finirai par le savoir...
Encore moins ragoûtante (mais ce n'est pas d'hier que je vous déconseille de passer me lire au petit déjeuner), cette bestiole albinos et imberbe. Depuis quand s'est-il noyé celui-là, et pourquoi les crabes, les crevettes et les bulots qui sont de distingués nécrophages, n'en ont-ils pas voulu, pas même ces charognards que sont les goélands? Je ne m'y connais pas bien en créatures terrestres non comestibles, mais on dirait bien un rat, je ne me suis pas attardé à expertiser, il ne sentait pas bon... Sacré Ratatouille, qu'est-ce qu'il t'a pris de quitter ta cuisine pour céder à l'appel du large et partir marin. Et puis sans doute as-tu quitté le navire, croyant toi aussi qu'il allait couler.
Les objets des hommes également très nombreux, comme ces paquets de tabac qu'on continue à trouver en grand nombre plusieurs semaines après la perte d'un conteneur en mer, ou cette cassette qui m'a collé une chanson en tête, "Les Goémons" de mon indispensable Gainsbourg, je vous en reparlerai bientôt. Quelques boulettes de pétrole brut aussi, mais très rares, je m'attendais à bien pire.
En été, les laisses de mer sont moins surprenantes, on y ramasse surtout de l'excédent de plagiste, sandales, seaux de plage, restes de pique-nique, tubes de crème solaire (oui en Bretagne aussi!), encore qu'il me soit déjà arrivé de trouver un bateau à la dérive, pas un gros (une plate), mais quand même. Les fringues que l'on y voit en hiver sont généralement des vêtements de travail, souvent des gants déchiquetés...
Je vous laisse imaginer ma surprise lorsque j'ai eu l'oeil attiré par une tache rouge, puis deux, puis une troisième. Étonnant, un peu déroutant aussi... alors l'esprit vagabonde forcément, je me suis plu à imaginer la brune qui a laissé ainsi échapper ses parures australes. Je dis brune car le rouge leur va bien. D'instinct, j'ai éliminé l'hypothèse d'une sirène, car il y a deux trous prévus pour les jambes.
Franchement, ce n'était plus une plage mais un supermarché, tout à côté, il y avait une énorme chaussure, une basket d'au moins 60 de pointure. Isolée, c'est l'inconvénient sur les grèves, on ne trouve jamais les paires. L'hypothèse de la sirène ne se posait pas plus, le côté unijambiste plaidait bien en sa faveur, à la rigueur si çà avait été une palme... Non, c'était probablement l'accessoire d'un poisson clown.
Bref, voici sur quoi je suis tombé (enfin je me comprends), c'est à ce genre d'indice que je devine que rien n'est plus pareil sur les grèves d'antan...
Presque neufs les strings, avec encore l'étiquette de lavage (à mon avis toutefois, ils ne peuvent guère plus rétrécir). Je les ai laissés sur place, qu'en faire? Visiblement, ce n'était pas ma taille. Les rapporter à ma fille... et puis quoi encore, vous voulez la mort de son père? J'ai bien eu la tentation de les suspendre au fil d'étendage du jardin, juste pour voir la tête de ma femme en les découvrant. Je me suis souvenu à temps que passant ces trois jours en célibataire, le gag risquait d'être diversement apprécié lorsque nous reviendrons en famille dans un mois...
Par ailleurs, je suis connu dans le pays, vous m'imaginez me balader avec trois strings rouges dans les mains? Non, nous sommes restés plutôt réservés sur ces questions ici, la dernière fois qu'on a vu des seins nus sur une plage, c'était dans "Le Gendarme de Saint-Tropez!", alors pensez donc...
Bon j'en termine, j'avoue que l'an dernier à la même époque, mon échappée solitaire en Bretagne vous avait valu un billet plus poétique, avec cette salade de primevères au saumon fumé, cela dit la recette qui suit tient largement la route, vous n'êtes pas venus que pour le pire et le rire!
Strings et rat crevé, on peut trouver plus glamour sur un blog, même de cuisine, je ferai mieux la prochaine fois, mais avant de passer à la recette, encore deux trucs : d'une part, arrêtez de prendre la mer pour une poubelle, d'autre part, je voulais vous montrer que c'est aussi cela la plage. Rassurez vous, toutes les ordures visibles seront enlevées ou ensablées lorsque vous y viendrez en vacances.
Cela dit, toujours obnubilé par le rouge après ces découvertes, j'avais la ferme intention de cuisiner du rouget, ce qui tombait à pic, j'en avais justement acheté un à la femme du pêcheur juste avant cette balade...
Rouget barbet aux carottes et à l'orange
Ingrédients
- un gros rouget de roche (ou surmulet)
- 500 grammes de carottes de sable
- un oignon jaune
- une orange
- graines de carvi
- cumin
- marjolaine
- laurier
- harissa
- sel et fleur de sel
- persil plat
Un "gros rouget barbet" est un poisson qui atteint dans les 700 à 800 grammes, ce qui est une belle taille pour deux personnes. Celui que j'ai cuisiné (et mangé en deux repas de célibataire) pesait exactement 720 grammes. Les carottes de sable ont une saveur délicieuse et leur chair a un grain très fin, on ne trouve pas meilleures en cette saison. Celles de Créances ont obtenu un Label Rouge, mais les bretonnes tiennent largement la route!
Recette
Écaillez le poisson, videz le en conservant le foie qui est un délice, puis levez les filets. Coupez les en deux dans la largeur. Pelez l'oignon et faites en de fines rondelles. Grattez et lavez les carottes, et coupez les en rouelles d'environ 2 mm.
Munissez vous d'une cocotte avec un couvercle. Dans un mélange de beurre et d'huile d'olive, faites légèrement blondir les oignons, puis ajoutez les carottes. Laissez cuire ainsi à feu moyen une dizaine de minutes. Versez alors le jus d'une orange (goûtez le, s'il est acide, atténuez d'une pincée de sucre). Assaisonnez avec les graines de carvi, une pincée de cumin, un peu de sel, pas mal de marjolaine et deux feuilles de laurier. Ajoutez le harissa (étant mon seul invité et tombé dans un baril de piment lorsque j'étais petit, j'en ai mis une généreuse cuiller à soupe, mais pour des individus normaux, une cuiller à café suffit largement).
Mélangez bien, et laissez cuire à feu moyen-doux. Remuez et goûtez régulièrement, lorsque les carottes sont presque cuites à votre goût (comptez une bonne demie heure), posez les filets de rouget par dessus et remettez le couvercle. Le machin au milieu, c'est le foie.
Laissez cuire tout au plus cinq minutes. Présentez en assiette, saupoudrez le poisson d'un peu de fleur de sel, et ajoutez le persil.
Ce plat a une petite connotation tunisienne, vous pouvez forcer le trait en remplaçant le persil par de la coriandre fraîche, ce que j'aurais fait si j'en avait trouvé sur la place de Lannilis le samedi matin, même pas en rêve!
Cheminant vers ma cave, toujours obsédé par le rouge, j'avais en tête un Côtes de Roussillon Village de mes amis, puis j'ai retrouvé un Bergerac rosé, un 2006 qu'il est temps de boire, alors çà a été lui, c'était un peu inattendu, mais vraiment bien, le petit rosé a s'est bien défendu sur les saveurs très aromatiques de ce plat.
vendredi 21 mars 2008
Linguine alle vongole
Je n'ai hélas que de peu temps pour aller lire les blogs voisins, mais quand même, ils sont quelques uns dont la lecture m'est une détente incontournable. Surtout ces temps-ci, dans la tourmente des marchés financiers et l'inconscience de ces marchands de crédits qui se prennent pour des banquiers, ces derniers étant tout aussi inconsistants, bêtes au point de racheter plus cher ce qu'ils viennent de vendre à de pseudo assureurs. Si çà intéresse quelqu'un , on peut en discuter en privé, le topic du thread étant "On se tient par la barbichette, merde, je croyais pourtant m'être rasé!".
Parmi ces blogs, il en est un dont je reviens toujours avec un grand sourire et très souvent avec de bonnes idées, c'est celui de Véro, Cuisine Métisse. J'aime énormément sa cuisine totalement universelle et inspirante, tout autant son art de conter l'anecdote et de laisser en quelques mots affleurer les émotions, gaieté ou nostalgie, voyages ou ancrage, enfances ou amitiés et j'en passe, ceux qui ne la connaissent pas n'ont qu'à aller la lire, ils seront tout aussi conquis par ses lumineux coraux.
Il est une remarque qu'elle apprécie particulièrement, quand je prétends qu'elle est "Ma meilleure élève", et c'est véridique, lorsque je lui dis ce que je pense du surimi, elle répond vivement mais fini par y renoncer et à enseigner ma cause, elle adopte la cuisson des filets de poisson sur papier sulfurisé, elle s'attaque à des poissons entiers, à des crustacés vivants, elle questionne son poissonnier etc..
Nous avons eu le grand plaisir de la recevoir récemment à la maison avec ses tout aussi pétillants mari et filles. Ce jour là, je me suis lancé dans ces linguine alle vongole. A peine rentrée à Bordeaux, la voici qui se jette illico presto dans la cuisine des bivalves lamellibranches, avec ses couleurs à elle. Véro n'a pas attendu que j'aie la présence d'esprit de lui proposer d'échanger nos blogs pour la publication de ces deux versions de la pasta, tant pis on trouvera une autre occasion, pour autant chère Véro, tu es invitée sur ce billet du début à la fin!
Si Véro aime tant être une bonne élève, c'est qu'elle est une bonne maîtresse d'école, sérieux, si j'avais eu la même, je m'y serais bien moins ennuyé! Alors, pour rester dans le thème, j'ai concocté un petit jeu en rapport à son métier, je vous propose une typologie d'écoliers, et vous devez trouver à quelle créature marine chaque profil correspond. Par exemple : "La blonde : la langoustine". Les réponses sont sous le questionnaire.
La lolita : ...
La moche : ...
Le paresseux au fond de la classe : ...
Le passionné de voitures : ...
Le timide : ...
Le sournois : ...
L’endormi : ...
L’insolent : ...
Le sportif : ...
Le bavard : ...
La tricheuse : ...
Le coléreux : ...
Le mouchard : ...
Le chahuteur : ...
Le bagarreur : ...
Le retardataire : ...
Le collectionneur : ...
Le rêveur : ...
Les mains sales : ...
Celui que sa mère coiffe au gel : ...
Celui qui lève toujours le doigt : ...
Le musicien : ...
Poil de Carotte : ...
Marcel Pagnol : ...
Petit et Grand Gibus : ...
Augustin Meaulnes : ...
Harry Potter : ...

Réponses
Une nouvelle fois, CdM innove, après le premier blog à colorier, voici le premier blog livre de jeux, où il faut retourner la page afin de lire les réponses aux devinettes. Certes, j'avantage un peu ceux qui me suivent sur Tablet-PC voire sur l'Yvonne d'Apple, tandis que ceux qui ont de gros moniteurs cathodiques ou des écrans plats de 21 pouces vont me maudire. A des derniers, je suggère respectueusement d'apprendre à faire le poirier, ou plus commodément, les pieds au mur.

Bien, fin de la récré., revenons en aux vongole, un sujet sérieux et très débattu.
Vongole
La recette des pâtes alle vongole est de celles qui suscitent très souvent, un peu comme celles du clafoutis, de la tartiflette ou autres classiques, des réflexions du genre "Ce n'est pas la vraie recette", avec des variantes du genre "Ma mère ne faisait pas comme çà" ou "Çà ne ressemble pas du tout à ce que j'ai mangé en Italie".
La question étant de savoir si les les vongole sont des palourdes. Je me suis livré à des recherches approfondies, vous me connaissez, pour en venir à une réponse irréfutable : "Oui et non". Lorsqu'on parle de vongole, on parle de coquillages de la famille des palourdes, je me suis trop énervé à faire le tri de toutes ces bestioles, encore plus lorsque j'ai découvert que la vénériculture est l'élevage des palourdes.
Les italiens, pour nommer ce que nous connaissons sous le nom de palourdes, emploient l'expression "vongole veraci". Ce qui regroupe deux espèces, l'une notre palourde indigène, la veneruptis decussata (dont la population est en forte régression) et l'autre, la veneruptis philippinarum, une variété asiatique importée aux fins d'élevage, c'est pratiquement toujours celle là que vous trouvez chez votre poissonnier. C'est par ailleurs une espèce invasive, au détriment de la première.
Après les vongole, c'est un peu n'importe quoi, mais ce sont toujours des proches parents de la palourde "vraie"; généralement toutefois ce sont des vénus, plus précisément des venus gallina. Ce sont celles que vous pouvez trouver chez certains poissonniers en France, les voilà ci-dessous.
Ces informations figurent en large partie sur ce site (en italien), où on relève les noms régionaux donnés à ce coquillage, ce qui donne une idée de sa popularité culinaire. Les coquillages c'est comme les champignons, plus ils sont consommés, et plus ils sont affublés de différents noms! Je vous les recopie :
"Vongole, nomi dialettali: I nomi dialettali usati in letteratura per indicare questa specie sono: Perrazza (Abruzzo); Lupino (Campania); Bibarazza, Liberazza, (Friuli Venezia Giulia); Concola, Porrazza (Marche); Cocciola, Nuce de mare (Puglia); Cocciula, Cuppe (Sicilia); Cocciula lisa (Sardegna); Pietruzza, Cappa gallina (Toscana); Biberassa, Beverassa (Veneto)."
Impressionnant non? Un peu décevant aussi, j'espérais bien rencontrer les vongole à Venise... De guerre lasse, j'ai consulté l'une des plus hautes autorités en matière de gastronomie italienne, à savoir Peggy qui écrit l'un de ces blogs dont je ne me lasse pas, Ma Dolce Vita. Elle a confirmé mon information selon laquelle la recette des spaghetti alle vongole se trouve d'abord en Campanie, et que toutes les régions côtières ont adopté ce plat, avec plus au moins d'adaptations
Le plus intéressant en ce qui nous concerne, c'est quand même de savoir quelle est leur saveur, je dirais qu'elle se situe entre celle de la palourde et celle de la telline. Vous pouvez utiliser des coques pour réaliser cette recette, elle n'aura pas exactement le même goût, mais elle vous reviendra moins cher, ce qui n'est pas rien.
Linguine alle vongole
Ingrédients
- 500 grammes de linguine
- vongole (comptez 200 grammes par personne)
- 2 grosses tomates
- 1 aubergine moyenne
- 1 bel oignon
- olives noires dénoyautées
- fond brun lié
- sauge
- laurier
- thym
- poivre blanc
- piment d'espelette
- roquette
J'ai dans mes placards du fond brun lié déshydraté, je ne crois pas qu'on en trouve dans le commerce, mais uniquement chez les distributeurs spécialisés en restauration, en gros conditionnement, je vous conseille d'être copain avec un cuisinier de métier! A défaut, utilisez un fond de veau d'une marque connue, en corsant un peu le dosage.
Pour les olives, j'utilise des taggiasca, qui proviennent d'Italie comme leur nom l'indique, de Ligurie précisément, on les trouve dénoyautées en bocal, conservées à l'huile, ce sont de véritables merveilles... A défaut, utilisez les petites olives niçoises, elles sont d'une variété voisine et d'une saveur approchante. Par contre, je ne pense pas qu'on puisse les dénoyauter tant elles sont petites, mais je ne suis pas spécialiste...
Recette
Pelez et émincez l'oignon en dés pas trop petits. Mondez les tomates et coupez les en morceaux de tailles inégales. Coupez l'aubergine en cubes, que vous faites revenir dans un peu d'huile d'olive, en salant un peu, jusqu'à ce qu'elles soient juste cuites. Lavez la roquette.
Rincez soigneusement les vongole. Prenez la peine de les vérifier une à une, en tachant de faire glisser les deux coquilles l'une contre l'autre, pour détecter les coquilles vides, ou pire, emplies de vase, j'en ai encore fait l'expérience dans un restaurant italien vendredi dernier (pourtant l'un de ceux que je préfère à Paris)! Si vous ne les avez pas pêchés vous-mêmes, inutile de les faire dégorger dans de l'eau salée, ceci a normalement été fait en bassin d'eau de mer par le mareyeur ou l'éleveur (si vous avez un doute, goûtez en une crue, vous serez fixés).
Dans une sauteuse, faites doucement rissoler l'oignon jusqu'à le rendre translucide. Ajoutez les tomates, le laurier, la sauge et très peu de thym. Faites fondre un peu, puis ajoutez l'aubergine et un petit verre de fond brun lié. Laissez bloblotter à petit feu durant une dizaine de minutes à découvert. Poivrez, pimentez, mais ne salez pas, les vongole vont s'en charger!
Les linguine sont à mon sens les pâtes idéales pour réaliser ce plat, cuisez les al dente. Pendant ce temps, mettez les vongole dans la sauce, et faites chauffer en remuant régulièrement, jusqu'à ce qu'elles soient bien ouvertes.
Egouttez les pâtes, placez les dans une assiette creuse, recouvrez de la sauce aux coquillages, et terminez par quelques feuilles de roquette, qui s'accordent vraiment bien à cette recette. Et surtout, pas de parmesan!
Une seule chose m'a gaché la vie lors de la rédaction de ce billet, les vongole sont ils du masculin ou du féminin, pas moyen de remettre la main sur mon dico d'italien, Peggy, qu'est ce que tu en dis? Véro, c'est surement encore un coup du mec qui a cambriolé mes bâtons de fenouil (private joke, désolé, mais je vous rappelle qu'elle était de service jusqu'à la fin de ce billet)
vendredi 14 mars 2008
Saumon laqué de la saint Patrick
Oui je le sais, nous ne sommes pas le 17 mais le 14 mars, qui est de surcroît le jour des Mathilde, vous pensez bien que l'évènement est fêté comme il se doit à la maison; j'en profite pour faire une bise à une autre Mathilde que j'apprécie beaucoup, celle du blog Omelette. Et bonne fête à toutes les Mathilde!
Par ailleurs, ne croyez pas que je reproduise une recette traditionnelle irlandaise, pas du tout. C'est juste le résultat d'un cheminement de marché, pas plus tard que samedi dernier après avoir vu Chez Inoule, gagnante de la précédente édition, que le nouvel ingrédient choisi pour la huitième édition de l'invitation à cuisiner "Le sucré s'invite chez le salé", créée par la passionnante Minouchka, est le miel.
Diantre me suis-je dit (oui, je me parle souvent en ancien français lorsque je suis énervé), voilà qui ne va pas être facile avec des produits de la mer, je ne l'ai d'ailleurs jamais tenté! J'ai bien dans mes cantines une recette de moules marinées au vinaigre d'hydromel, mais pour le côté sucré, tu repasseras.
Enfin bon, j'ai fini par trouver une idée testée le soir même, je vous la raconte en fin de billet, comme d'habitude, mais en attendant, puisque ce billet est sous le signe des petits ou grands évènements des blogs de cuisine, je vais me plier à deux petits questionnaires, le premier consistant à révéler de soi "Six choses sans importance", et le second à énoncer "Dix associations de saveurs" qui me plaisent bien, çà va être coton...
Si j'étais un bon garçon, il faudrait que je mette un lien vers ceux qui m'ont gentiment désigné pour cet exercice, mais je suis mauvais sur ce coup là, je ne les ai pas notés et je n'ai pas le temps de chercher! Alors toutes mes excuses, je n'avais pas au départ l'intention de participer, mais la dernière (à ma connaissance) qui ait pensé à moi, je ne peux pas lui refuser grand chose tant j'aime l'écriture et la couleur de son blog, sachant que je me suis dérobé une fois pour du pain d'épices, déjà une histoire de miel, je n'ai pas fini d'en entendre parler...
Il faudrait aussi que je passe le bébé à six autres personnes, que je les prévienne dûment, pour cela aussi je manque de temps et de conviction, alors tous ceux qui s'appellent Mathilde ou Patrick, ou sont sympathisants, je compte sur vous.
Six choses sans importance - Mon vade me cum
-Prénom : Patrick. Vous avez fini par l'assimiler, mais vous ne connaissez pas mes seconds prénoms : "Jean, Yves". Dans ma famille la tradition est de donner aux aînés en seconds prénoms ceux de ses grands-pères (ou de ses grand-mères si c'est une fille, vous pigez le truc?). Mais voilà, en purs bretons de la côte, mes grands-pères se prénommaient tous les deux "Yves-Marie". J'aurais bien aimé m'appeler comme cela, fusse en second choix, mais non, on a préféré adjoindre "Jean", qui est le prénom de mon père. Et on a sabré Marie.
- Nom : Cadour. Très souvent, on me l'écrit avec un "K", comme en Afrique du Nord, sans doute est-ce l'une des raisons qui fait que je m'entende si bien avec les personnes originaires de ces parages. C'est pourtant bien un nom breton, et même de l'ancien breton comme me l'a expliqué un copain linguiste, qui parle plus de langues celtiques que j'ai de doigts à la main gauche et aux autres. Le nom est originaire de l'ancienne Bretagne, l'Angleterre actuelle. Je le crois assez volontiers, d'autant que dans une ancienne version de la Légende du roi Arthur, il a comme compagnon d'armes un "Cadour", et on précise en note que c'est le fils du-dit Cadour qui lui aurait succédé comme roi. La traduction de ce nom est : "Guerrier au combat" et non : "Cuisinier à la plage", rien n'est parfait dans les histoires de famille.
- Date de naissance : 28 mai 1959. Comme me l'a dit un jour un oenologue bourré : "Vous avez vraiment de la chance d'être né en 1959". Et oui, c'est l'un des meilleurs millésimes du siècle précédent, c'est pour cela que je me fais un devoir de ne boire que du bon vin. D'autres s'inquiètent : "Et à quel âge tu as prévu d'arrêter de déconner?" Le plus tard possible, sans doute jamais... A ceux-là je réponds en désignant mon bide : "Regarde, 48 ans et pas une ride!". Bon vin, mais mauvaise graine, n'est-ce pas Léo?
- Lieu de naissance : Saint Raphaël, département du Var, France. Je sais, çà file une secousse, même à moi encore aujourd'hui. "Comment? Tu n'es pas né en Bretagne?" Ben non, une famille de voyageurs, comme beaucoup de bretons, une vraie bougeotte depuis quatre générations. Mon père faisait une école d'application là-bas, peu avant de nous entraîner sous les tropiques africains. Du coup, j'ai été baptisé deux fois, la première sur place, car à l'époque, on ne badinait pas avec la sécurité, un nouveau né mourant sans le baptême avait très peu de chances de se faire une place dans la nuée des anges. Puis une seconde fois quinze jours après, en Bretagne, le vrai avec toute la famille, avec pour parrains mon grand-père paternel et comme marraine ma grand-mère maternelle. Je vous le répète, on ne rigolait pas avec ces choses-là...
- Domicile : Paris (en fait Boulogne) et Lannilis (Nord-Finistère). L'un de raison, l'autre d'émotion. Je bosse à Paris, pas du tout dans la cuisine, mais sur les marchés financiers. La Bretagne, en dehors de la cotation du porc au Marché du Cadran de Plérin, n'est pas l'endroit idéal pour exercer mon type d'activité, hélas... Après avoir rassuré tout le monde sur le fait que je ne suis pas l'un de ces bretons fous qui pètent les compteurs à la Société Générale, je précise que la vie parisienne, bien commode pour rencontrer beaucoup de gens d'horizons divers, me convient assez. N'empêche que dès que je peux rejoindre mes abers, ma vieille maison là-bas, et bien je fonce. D'ailleurs, je ne vais pas tarder à y foncer, je n'y suis pas allé depuis janvier, à cause d'un intermède martiniquais. Une éternité...
- Situation de famille : Marié (ou quasiment) depuis 1980. Et marié avec la même femme durant tout temps, une provençale, çà me poursuit, je vous l'ai déjà raconté ici. J'ai une fille dont vous entendez très rarement parler, Mathilde, née le 18 mars 1996 (oui la période est festivement chargée à la maison!). Vous y croyez vous? Le 18 mars et non le 17 mars de la saint Patrick, sérieux, elles n'auraient pas pu faire un petit effort?

Passons à la suite...
Dix accords de saveurs
- Macis et coquillages cuisinés
- Fenugrec et farces de poissons et crustacés
- Aneth et saumon cru
- Sésame et poissons plats
- Poivre noir et huîtres crues
- Échalote et coquille saint jacques
- Vinaigre de framboise et raie pochée
- Piment d'espelette et thon rouge
- Pimenton et calamar
- Citron confit et dorade royale
Déjà dix, j'aurais pu continuer un bon moment encore, genre beurre salé et bouquets, mais bon, sachons maîtriser notre gourmandise, au moins par écrit, et venons en au plat du jour.
Saumon laqué de la saint Patrick
Ingrédients
- pavés de saumon
pour la marinade :
- thé fumé
- miel de bruyère
- sauce soja "dark"
- un oignon
- clous de girofle
- graines de moutarde brune
- muscade
- poivre noir
- gingembre en poudre
pour la sauce :
- la marinade filtrée
- vinaigre de vin ou de tomate
pour l'accompagnement :
- grenaille de pomme de terre
- graines d'oignon ou de nigelle
- marjolaine
- fleur de sel
Après une longue séance de dégustation dans une excellente maison, j'ai trouvé le miel de trèfle vraiment trop doux pour cette préparation. Je me suis arrêté sur un miel brun de bruyère, à la fois fleuri et corsé, me disant par ailleurs, que la bruyère est également une plante emblématique des paysages irlandais.
J'ai utilisé la variété de thé fumé que je consomme occasionnellement (sans excès) le Terry Souchong, encore plus fumé que le Lapsang Souchong, ce qui fait dire à ma fille que je bois des infusions de lard fumé... La sauce soja sale la marinade, et colore légèrement le saumon, accentuant sont aspect laqué. Quant aux pommes de terres, elles sont quasi-incontournables en Irlande!
Recette
Préparez la marinade : Faites infuser longtemps le thé fumé pour bien extraire les tanins. Lorsqu'il est encore chaud, vous y diluez environ un quart de son volume de miel. Ajoutez les épices broyées au mortier ainsi que la poudre de gingembre, l'oignon grossièrement haché et un trait de sauce soja. Placez y les pavés de saumon à mariner pendant deux heures, peau au dessus, en arrosant régulièrement. Lancez la cuisson des pommes de terre (voir ci dessous).
Égouttez le poisson, passez la marinade et mettez là à réduire doucement (vous devez parvenir à la moitié du volume initial). Chauffez le four à 230° (cela étonne souvent mais je pratique ainsi pour cuire le poisson au four, une température très élevée et un temps très bref). Sur une plaque à pâtisserie anti adhésive, posez les pavés sur les peaux et enfournez pendant cinq à dix minutes, selon l'épaisseur et votre appétence pour le poisson mi-cuit. En milieu de cuisson, arrosez chaque morceau sur toute la longueur d'une cuiller à soupe de la marinade en cours de réduction.
Pour la sauce, vous vous contentez d'ajouter un trait de vinaigre dans la marinade réduite, afin d'obtenir une saveur aigre-douce, nécessaire pour équilibrer la saveur de ce plat. Nous avons testé les deux versions, c'est bien meilleur ainsi relevé de vinaigre; le vinaigre de tomate, si vous en avez, est très bien adapté.
Vous servez les pavés à l'assiette, entourés de la grenaille que vous avez accommodée de la façon suivante : Vous la cuisez de cinq à dix minutes à l'eau légèrement salée. Sans éplucher : La pré-cuisson à l'eau n'est pas strictement indispensable, mais je trouve qu'elle fini bien de nettoyer les patates, mieux que le meilleur des brossages!
Mettez les à rissoler dans un peu de beurre, tout doucement durant tout le temps que vous prendrez à préparer cette recette, marinade y compris. Dans la dernière partie de la cuisson, assaisonnez de quelques graines d'oignon (ou de maniguette), et de quelques peluches de marjolaine. Juste au moment de servir, ajoutez quelques pincées de fleur de sel.
La décoration est facultative, mais elle donne un air très irlandais à mon saumon! A défaut de miel de trèfle, voici au moins quelques févettes fraîches détournées....
Le trèfle est devenu l'emblème de l'Irlande après avoir été celui de saint Patrick : il utilisait cette feuille pour expliquer le mystère de la trinité et de l'unicité de Dieu, du trois fois qui ne fait qu'un : le truc plus difficile à faire comprendre à des polythéistes. L'histoire ne précise pas ce qu'il faisait des trèfles à quatre feuilles, je suppose qu'il n'y voyait pas des porte-bonheur, mais des hérétiques tout juste bons pour le bûcher?
vendredi 7 mars 2008
Pieds de couteaux farcis
La scène se passe dans une poissonnerie, à "La Marée de Morteau", Monsieur et Madame Roger-Grondin, les tauliers, s'engueulent comme du poisson pourri, il est rouge comme un homard tandis qu'elle souffle comme un cachalot. Les noms d'oiseaux pleuvent à s'y noyer.
Nous sommes peu avant l'ouverture. Il baille comme une palourde tout en disposant sur la glace des colins qu'il serre comme des sardines. Elle actualise les étiquettes, tout en prenant bien soin de placer le disque [Élevé] / [Pêché], en position intermédiaire lorsqu'il s'agit de poissons d'élevage… je suis certain que vous l'avez vue plusieurs fois cette petite arnaque, de vrais requins je vous dis, des oursins plein les poches! Elle l'accoste ainsi :
- Tu crois peut-être que j'ai pas pigé ton manège avec l'autre morue?
- De quoi tu causes ma crevette? T'as une arête de travers?
- De la peau de hareng qui vient acheter un malheureux filet de julienne et à qui tu refiles deux citrons et un bouquet de persil plus gros que sa perruque!
- Madame Denage? Elle n'a pas de perruque, je l'ai vue entrer chez le merlan l'autre jour!
- Parce qu'en plus tu traines dans son sillage! Je savais bien qu'il y avait anguille sous roche, graine de maquereau va!
- N'importe quoi, tu l'as regardée? Maigre comme un stockfisch, plate comme une limande, une gueule de raie pour compléter, tu parles d'un thon cette nana, pas le genre à se faire draguer, même avec un ciré couleur mayonnaise!
- Ouais, ouais, t'es franc comme une gueule d'anchois, si tu crois que je ne vois pas tes yeux de merlan frit quand tu mates sa jupe à ras de la moule!
- De toutes façons, elle en pince pour le pingouin du restau d'en face, alors …
- Lui? Mais c'est un vrai phoque! N'essaie pas de noyer le poisson ou de te défiler en crabe! Tu me fais marrer comme une baleine avec ta façon de louvoyer! T'es à la dérive avec ton pauvre bigorneau!
- Mais je te le jure ma langoustine chérie, que je n'en ai rien a cirer de cette tortue, même plein comme une huître, elle ne me ferait pas plus d'effet que le calbute d'un vieux loup de mer!
- Ben tiens la voilà, ta torpille, tu vas encore frétiller comme un poisson dans l'eau, espèce de congre lubrique, attends qu'elle passe en caisse, je vais lui présenter une addition plus salée qu'un hareng saur!
Madame Denage pénètre alors dans la boutique, et leur demande :
- Bonjour, vous auriez des pieds de couteaux?
La mère Roger-Grondin en est restée médusée…
(Merci Mathilde ;-))
Les pieds de couteau
Voila bien un curieux coquillage, oblong et ressemblant effectivement, au manche de corne d'un couteau . On le nomme d'ailleurs indifféremment "couteau" ou "pied de couteau" , les anglais parlent de "razor shell". C'est l'un de nos coquillages les plus mobiles! Sa forme allongée lui permet de s'enfoncer profondément en quelques secondes dans le sable au moindre signe de danger. Sous la mer, si un prédateur s'en prend à lui, il peut également littéralement jaillir du sable, nageant rapidement "en arrière" à l'aide de ses deux coquilles, pour aller tout aussi promptement s'enfouir un peu plus loin.
On le repère sur le sable grâce à deux trous rapprochés qui sont la marque de son siphon à deux tubes, par lequel il aspire l'eau pour se nourrir en la filtrant. Les coques procèdent de la même façon et ont aussi un siphon à deux tubes, il faut un oeil averti pour les différencier, les trous révèlant la présence d'une coque sont un peu plus écartés que ceux du couteau.

On le trouve dans les sables fins, assez fluides pour qu'il puisse s'y enfoncer rapidement, dans la zone infra-littorale, assez proche de la limite de basse mer donc.
Pour le pêcher, il y a deux techniques principales, aussi ludiques l'une que l'autre. D'abord celle qui plaît le plus aux enfants, consistant à verser du sel dans les trous : l'animal sort rapidement dans un petit bouillonnement et il faut s'en saisir avant qu'il ne s'aperçoive de la supercherie, on prétend que cette arrivée de sel lui fait croire au retour de la marée montante. Moi je crois que çà lui pique les yeux.
Il y a aussi la tige de métal (souvent une baleine de parapluie ou un rayon de roue de vélo), emmanchée dans un morceau de bois. On l'enfonce rapidement entre les deux trous, le couteau ainsi agressé resserre sa coquille à fond, et il n'y a plus qu'à tirer.
On peut tenter le coup de bêche à l'oblique pour l'empêcher de s'enfoncer, mais ce n'est pas la plus fructueuse des méthodes!
Pieds de couteaux farcis
Certes, on peut réaliser bien des recettes plus élaborées que le sempiternel hachis à l'échalote et au persil, que j'ai déjà présenté pour d'autres coquillages. Cela dit, mes anciens les coupaient en petits morceaux et les passaient à la poêle avec échalote et persil, ou les préparaient en gratin, avec sensiblement les mêmes ingrédients. C'est de cette seconde version dont je me suis inspiré.
Ingrédients
- un kilo de pieds de couteaux
- 150 grammes de beurre
- deux petites échalotes
- une poignée de persil plat
- poivre blanc
- fenugrec
- chapelure d'épeautre
Si vous ne les pêchez pas vous-même, il est peu fréquent de trouver en France des pieds de couteaux dans les poissonneries (même à Morteau); si cela vous arrive, voici quelques conseil d'achat. Dans l'idéal, la coquille est bien fermée, et l'animal bien serré dedans, on doit à peine le voir. L'une des extrémités des coquilles doit être bien humide. Cependant, ils sont le plus souvent vendus en fagot, bien serrés par un gros élastique, qui empêche la coquille de s'ouvrir. Alors l'animal fait sortir son pied, comme ci-dessous, touchez le avant d'acheter, s'il se rétracte assez vite, c'est que la bête est vivante; en l'absence de réaction, passez votre chemin!
Recette
Lavez très soigneusement les pieds de couteau, on peut les laisser dégorger trente minutes dans de l'eau bien salée afin de les débarrasser de leur sable. Ce n'est généralement pas utile, plusieurs rinçages à grand eau suffisent. Une fois bien nettoyés, mettez les quelques minutes à ouvrir à la vapeur (ou dans une cocotte à couvert, en remuant).
Sortez les de leur coquille en séparant les deux valves, lesquelles vous nettoyez et conservez, attention, elles sont fragiles! Débarrassez le coquillage de ses parties grises, son appareil digestif en fait, c'est là que se fixe le plus de sable. Hachez le ensuite pas trop finement et réservez.
Malaxez le beurre avec l' échalote hachée finement, et le persil assez grossièrement ciselé. Ajoutez un peu de fenugrec et poivrez. Farcissez l'extrémité des coquilles avec ce mélange, puis parsemez un peu de chapelure (je l'ai déjà mentionné, j'écrase du pain d'épeautre grillé que j'achète dans les boutiques bios, je n'ai pas trouvé meilleure chapelure).
Disposez les couteaux dans une plaque à four, et faites cuire à 180° jusqu'à obtenir cet aspect bien doré et servez.
C'est l'un des plats que préfère ma fille, d'ailleurs dès qu'il s'agit de coquillages, c'est souvent l'un de ses plats préférés! De plus elle est ravie, car c'est bien la seule fois où elle est autorisée à porter un couteau à la bouche. Pas trop goulûment toutefois, ce n'est pas qu'en raison de son aspect qu'on le nomme "couteau", l'une de ses bordures est un peu effilée, mais pas plus que la coquille d'une huître creuse!
lundi 3 mars 2008
Colombo de lotte à l'ugli et au lait de coco
Ceci est un billet longuement écrit face à la mer, l'Atlantique comme souvent, mais cette fois considéré vers l'orient, depuis les Caraïbes, elle me paraît loin ma Bretagne. Ce ne sont pas des flagrances d'algues et de rochers noirs, mais des parfums de mer fleurie que m'apportent les alizées. C'est fabuleux d'être posté bien avant sept heures du matin sur une terrasse que baigne une aurore tourmentée puis si paisible, sirotant le premier rhum vieux de la journée (lequel je surnomme "Adam", bien entendu...)

Photo prise par Mathilde, elle aussi levée très tôt.
"Dommage que tu aies coupé le cocotier"
Haussement d'épaules synchronisé à ses yeux au ciel.
"Mais papa, j'ai fait exprès, je voulais un cadre."
OK ma fille, tu vois l'essentiel bien mieux que moi.
Je déconne, pas de rhum le matin à jeun, je suis avec femme et fille, faut pas pousser. Avec quelques potes tout aussi boucaniers que moi autour d'un barbecue, je ne dis pas, mais là non, je grignote un quignon de pain et quelques goyaves roses, clairement mon fruit préféré depuis mon enfance africaine, et dire que certains se contentent de madeleines... Une chose est certaine, on ne trouve pas de goyaves roses en métropole, ce qui justifie d'avoir renoncé pour une fois à la Bretagne, comme je m'y étais engagé dans ma lettre au Père Noël. Ici, vous l'avez deviné au parfum du rhum, c'est la Martinique, je suis posté en hauteur sur la côte nord-est (entre Trinité et Sainte-Marie, si après cela je ne deviens pas un ange ou au minimum l'âne de la crèche, c'est à désespérer de la piété engagée...)
C'est venté, c'est beau, la mer n'y est pas très différente d'ailleurs. Mes deux sirènes lui trouvent un avantage sur celle de Bretagne, à savoir sa température. Comment peut-on être aussi bassement quantitatif face au spectacle de l'océan? C'est bien égal pour moi, je ne me baigne jamais en Bretagne (je tombe parfois à l'eau, mais c'est involontaire), sauf pour la belle coquille de quelques ormeaux. Je ne modifie pas mes habitudes au simple prétexte d'avoir décalé mes amers. J'ai concédé une demie heure de trempette pour faire plaisir à Mathilde, laquelle se demandait jusqu'à présent si son père savait nager (et surtout ai-je compris, parce qu'elle a promis à Véro une photo de l'évènement, je vous jure ces instits, dès qu'ils cessent d'éduquer nos enfants, ils nous les dissipent!).
Je considère les plages surtout comme un merveilleux endroit pour lire ou marcher. Dans mes bagages, j'ai emporté "Océan Mer", d'Alessandro Baricco, que m'a fait découvrir Annie de Dedicacessen, l'une des plus fines plumes de nos blogs à savourer sur place, merci beaucoup, il est vraiment très bien ce livre. A propos de plage, voici ce qu'on y lit, exactement à la page 100 de l'édition qui m'accompagne. Prenez le temps s'il vous plaît, ou alors passez, vite et loin.
"Tu sais ce qui est beau ici? Regarde : on marche, on laisse toutes ces traces sur le sable, et elles restent là, précises, bien en ligne. Mais demain tu te lèveras, tu regarderas cette grande plage et il n'y aura plus rien, plus une trace, plus aucun signe, rien. La mer efface, la nuit. La marée recouvre. Comme si personne n'était jamais passé. Comme si nous n'avions jamais existé. S'il y a, dans le monde, un endroit où tu peux penser que tu n'es rien, cet endroit, c'est ici. Ce n'est plus la terre, et ce n'est pas encore la mer. Ce n'est pas une vie fausse, et ce n'est pas encore une vie vraie. C'est du temps. Du temps qui passe. Rien d'autre."
Moment rare, moment précieux que celui de lire ce que je n' exprime pas aussi bien, mais qui me raconte à la perfection.
Bien, maintenant que je vous ai raconté mes vacances, je vais vous raconter un curry, à l'invitation de Salwa qui me transmet le "Hé cric!", ainsi que commencent les conteurs d'ici; je ne vous oblige pas à lancer un "Hé crac!" à votre écran, mais si vous le faites, je vous entendrai. Merci chère Salwa, j'ai un réel plaisir à raconter ce curry depuis une latitude proche de la tienne, c'est une vraie bonne idée qu'ont eue Véro et Dorian.
Mon curry, c'est un colombo voyageur. Le conte est court mais il fait voyager. D'où vient-il ce colombo, et surtout pourquoi le nomme-t-on ainsi? J'élimine d'instinct les colombophiles et leurs pigeons voyageurs, ils ne peuvent se comparer aux albatros.
En Martinique, mon premier réflexe est de penser à Christophe Colomb, j'y songe d'ailleurs souvent à ce garçon qui s'est trompé de chemin et n'a pas voulu l'avouer tout de suite, il aurait mérité d'être breton. Ici face à la Presqu'île de la Caravelle, encore plus qu'il y a quelque mois devant la sinistre pâtisserie qui lui sert de tombeau dans la cathédrale de Séville (il a une autre sépulture quelque part dans les Caraïbes, mais on ignore où il git vraiment, et on ne cherche pas à savoir. Son éternité est à l'image de sa vie, un peu paumée!) et au retour du Carbet où il aurait débarqué en 1502, il est tentant de penser que c'est de son nom qu'est issu celui du colombo.
Vous n'y croyez pas? Je ne peux vous donner totalement tort en première analyse, mais si vous saviez comme moi les voyages de la cuisine par les mers, vous attendriez un peu avant d'applaudir d'apparentes certitudes.
Le colombo est un mélange d'épices à curries, c'est donc bien des parages de l'Inde que provient cette recette devenue un classique de la cuisine antillaise.
On ne peut se trouver ici sans penser à l'esclavage, sa première abolition (que n'a pas connue la Martinique, sous domination anglaise lors de la Révolution de 1789) puis son rétablissement par Napoléon, (cette petite baudruche belliqueuse et népotiste), à l'instigation de la belle Joséphine de Beauharnais. C'est en 1848 qu'il fut définitivement aboli, du moins dans les textes. N'empêche que la traite fut rendue impossible, et qu'il fallu dès lors trouver d'autres mains d'oeuvres.
Parmi les premiers travailleurs émigrés, (en fait seul le nom a changé après l'esclavage, les formes d'exploitation des déracinés restèrent les mêmes et elles sont à peine différentes encore dans certains endroits du monde), furent des indiens, de Ceylan pour la plupart, auxquels ont faisait miroiter un travail sous contrat et un retour après au moins cinq années de labeur. Bien entendu, le bateau du retour ne vint presque jamais. Aujourd'hui, cette population de koulis (de "coolies") est très fondue dans celle de la Martinique, mais quelques uns en conservent le souvenir, allez voir cette page qui raconte bien cette histoire.
Donc oui, ce colombo, c'est à eux qui l'ont apporté ici, et c'est à la ville de Colombo qu'il doit son nom. Bien très bien, tout est logique, juste que l'histoire est un peu plus jolie qu'ainsi posée entre cuisine et champs de canne à sucre.
La capitale de l'actuel Sri-Lanka s'appelait à l'origine en cinghalais "Kola-amba-thota" ce sont les portugais qui l'ont déformé en "Colombo", en hommage à leur grand navigateur. Je vous disais plus haut que la cuisine voyage aux travers les mers, c'est donc bien Christophe Colomb qui a donné son nom à ce merveilleux plat antillais, j'adore cette façon qu'à l'improbable d'exister. A propos d'improbable, interrogez Sylvie sur ce qu'elle en pense : je lui ai fait arpenter le nord est de l'île dans l'espoir déçu de trouver un temple indhou à photographier pour ce billet. Elle se demande du coup si, lorsque nous serons en Inde, je n'y chercherai pas les traces d'un culte Vaudou...
Colombo de lotte à l'ugli et au lait de coco
C'est un plat que je n'ai pas préparé ici, mais à Nantes voici un mois. Lorsque je vais la voir, ma soeur me prête volontiers sa cuisine, (privilège que je n'ai pas réclamé à l'hôtel où nous sommes actuellement, histoire de ne pas leur donner des complexes...). Alors, je passe au superbe marché de Talensac picorer l'inspiration, très honnêtement, c'est une interprétation libre de la recette traditionnelle, mais vous pouvez vous en inspirer car c'était vraiment très bon.
Ingrédients
- petites queues de lotte
- trois citrons jaunes
- lait de coco
- un oignon
- un ugli
- poudre à colombo
- piment
- sel
Accompagnement
- riz
- un citron confit
Facultatif
- un chutney acidulé (ici : tamarin, tomates et figues)
- quelques petits popadums
- quelques physalis
La poudre de colombo est un mélange comprenant basiquement les épices suivantes,curcuma, girofle, gingembre, poivre, coriandre, fenugrec. La version indienne des Antilles marie l’anis, le girofle, la coriandre, le safran, l’oignon et le poivre, à des doses variables. A Nantes je n'ai pas eu grand choix, mais pour le colombo de poisson, préférez des mélanges tirant plus sur le vert que le jaune, ces derniers sont trop dominés par le curcuma.
L'ugli, c'est un agrume issu du croisement entre le pamplemousse, l'orange et la mandarine. En m'y intéressant de plus près, j'ai découvert qu'il est originaire de la Jamaïque, comme quoi j'avais déjà les Caraïbes en tête... d'ailleurs il a une forme aussi baroque qu'une coiffure de rasta! On a cultive trois variétés, une seule est commercialisée en France, produite en Israël ou en Californie.

Recette
Commencez par lever les filets de lotte en ôtant bien toute la peau. Mettez les à pocher cinq minutes dans de l'eau salée frémissante avec le jus des trois citrons. Egouttez aussitôt et réservez.
Pelez l'oignon et coupez le en petits morceaux. Pressez l'ugli, on n'utilise que le jus. Coupez l'écorce du citron confit en dés (ne tentez pas de traire une noix de coco, procurez vous plutôt du lait en boîte).
Dans une cocotte, mettez l'oignon à fondre dans un peu de beurre et dès qu'il commence à roussir, mouillez avec le jus d'ugli et le lait de coco à parts égales. Laissez épaissir un peu, puis ajoutez une cuiller à soupe rase de poudre à colombo et une pointe de piment. Salez, mettez y la lotte à réchauffer et servez avec un dôme de riz créole parsemé du citron confit.
Les autres éléments de l'assiette (chutney, popadums, physalis) sont utiles mais pas nécessaires. Ils ont apporté des saveurs et des textures complètant bien la recette de base et ramenaient aux origines indiennes du colombo. Nawal, tu en penses quoi? Car c'est à toi que je passe le relais du curry à raconter, puisque nous avons été proches durant cette semaine martiniquaise.
















































