dimanche 16 novembre 2008
Turbot roti au laurier et aux échalotes
Pourquoi diable avoir accepté la proposition de Patrick, rencontré sur le marché de Lannilis fin octobre. Un verre de trop dans un bec de linotte, sans doute . Me voici presque à mon corps défendant, à écrire sur son blog que je lisais en riant de temps à autres. J'espère ne pas décevoir ses lecteurs, je ne raconte pas trop mal les histoires mais je cuisine le poisson comme une gourde, une quiche et tout ce qu'on voudra, sauf une endive. Enfin, la recette du turbot est de Patrick himself, vous pourrez la déguster sans méfiance! Voici comment tout est arrivé...
Passant quelques vacances dans ma famille de Bretagne, choyée, dorlotée et nourrie, qu'allais-je donc faire à ce marché sous une pluie aussi drue que froide? Oh, j'aimerais vous raconter une belle histoire, celle de mains qui se sont frôlées au dessus d'un panier de fraises parfumées ou de tendres fromages frais des Monts d'Arrée. Foin de romantisme, il s'agissait d'un panier de crabes! J'en voulais un par envie soudaine, ma grand-mère saurait toujours le cuire, et mon grand-père le préparer. J'ai bien plus de trente ans, mais mes doigts sont restés très enfantins en dépit de longs ongles colorés et de bagues déjà lourdes de souvenirs.
Je devais ressembler à une poule devant un oeuf de canard, ou dirait Patrick, à une mouette devant un oeuf de poisson volant, en proie à la plus grande perplexité. Me bousculant presque, un type dégoulinant de pluie avec une veste orangée a enfoncé les mains dans cet amas de pinces, s'est emparé de crabes agités comme des possédés, puis il n'en a gardé qu'un, d'apparence pareil aux autres.
Habituellement timide comme escargot au soleil, ou comme bigorneau à marée basse (hum), je m'entends lui demander s'il sait les choisir. Sérieux comme un pape, il m'assène une litanie de poids en main, comme le melon, de carapaces décollées, de sexes, de ventres colorés, d'oeufs et je ne sais plus quoi. Me voyant aussi larguée qu'une amarre, il me tend celui qu'il avait choisi pour lui, ou plus tôt "celle" car c'était prétendument une fille. Je n'ai eu que le temps de cacher les mains derrière mon dos, ce qui m'a valu aussitôt un sourire goguenard, précisément celui que je déteste le plus lorsque mes limites sont découvertes.
Impossible de m'enfoncer sous terre, telle une quenouille de nouilles dans une flaque, des mèches de cheveux trempés sur les yeux , je bredouillai des excuses foireuses, genre je suis de la campagne, j'habite dans le Rhône, le marchand va s'occuper de moi... Nouveau rictus désobligeant, il le passe au marchand qui n'en perdait miette, lequel place la crabesse dans un pochon de plastique, m'en demande un prix dérisoire; tandis que le gars en orange renonçant aux crabes, s'emparait d'un poisson plat à la tête patibulaire. Je me suis alors demandée si je n'emportais pas le seul crabe comestible du panier.
Arrivée à la boulangerie, je réalise avec horreur que la caparaçonnée a percé le sac plastique de l'une de ses pattes velues et griffues. Presque paniquée, j'ai failli le poser au sol et m'enfuir. Impossible, j'étais coincée : le maître des crabes arrivait sur mes talons. Je n'aurais pas dû mettre mes bottes rouges de chez Céline, on les remarque beaucoup trop...

(Désolée Patrick, je m'exprime comme si
j'étais sur un blog de pétasse sponsorisée!)
Alors que nous achetions nos pains respectifs, l'averse s'est mise à la bourrasque, nous voilà tous les deux plantés à la sortie de la boutique à attendre que ça passe. Je n'osais regarder ni le crabe ni le type, jurant que s'il souriait encore à mes dépends, je préférerais risquer la noyade sous la pluie battante que je fixais avec insistance. Pire, il a parlé. De pluie et de pain, c'est alors que le regard libéré des cheveux mouillés, il m'a semblé le reconnaître.
Second culot de la journée, je lui demande s'il n'a pas un blog de cuisine. Mais si! Vous avez le temps de prendre un café? Et nous voici attablés un bon moment auprès d'un poêle à bois, à deviser comme si nous nous étions toujours connus. Je ne me reconnaissais pas, c'est étrange comme la simple lecture d'un blog peut apporter une forme de familiarité avec celui qui l'écrit.
Comme dans une chanson de Brassens, la pluie s'est calmée, et le voici à brûle pourpoint qui me propose de venir manger le turbot chez lui, il en profiterait pour cuire le crabe. Surprise mais ravie, j'appelais mes grands-parents tandis qu'il prévenait sa femme, et nous voici partis, est-ce par galanterie ou compassion, il s'est emparé du sac où le crabe semblait assoupi. Je l'ai suivi en voiture jusqu'à une vieille maison en pierre, feu de bois, fille et femme charmantes et accueillantes, apparemment je n'étais pas sa première surprise du marché!
Le repas est préparé en un tournemain, après une incroyable assiette de bouquets poêlés (le filou voulait me faire croire qu'il les avait péchés lui-même, mais sa fille veillait!), le turbot au four et de la compote du jardin au gingembre. Avec de généreux vins, j'en ai sans doute trop bu, car à la fin du repas, je me laissais aller au défi d'écrire sur son blog l'histoire et la recette du turbot.
"C'est facile un blog", qu'il a dit, "tu cuisines un joli produit, tu prends quelques photos qui se la pètent, tu demandes des infos à Google, et tu garnis de quelques conneries". Oui mais non, je ne sais pas le faire cela, aussi je me suis contentée de raconter cette surprenante scène de marché.
Vous devriez y aller plus souvent à ce marché, on y fait de drôles et sympathiques rencontres!
Turbot roti au laurier et aux échalotes
Ingrédients
- un turbot pour quatre
- feuilles de laurier fraîches
- échalotes
- beurre
- sel et poivre
Recette
Le turbot est débarrassé de ses branchies, c'est un poisson vendu vidé, mais selon Patrick, les poissonniers n'ôtent jamais les branchies qui communiquent une saveur amère au plat. Lavé et séché, on l'entame d'un croisillon sur un demi centimètre, du côté du dos.
Il est posé dans un plat à four sur cinq ou six feuilles de laurier fraîches et de l'échalote hachée . Par dessus, on dispose également de l'échalote, beaucoup de morceaux de beurre (il n'est pas breton pour rien!). On ajoute un demi verre d'eau dans le plat (on peut mettre du vin, dit le cuisinier, mais le laurier et l'échalote sont largement assez aromatiques), puis on le sort un instant pour le photographier à la lumière du jour, pauvre bête!
Une vingtaine de minutes avant de le manger, on le place dans un four chauffé à 220°. On l'arrose une ou deux fois en cours de cuisson, et c'est gagné.
Sans flagornerie, sans doute l'un des meilleurs turbots que j'ai goûtés, une chair bien blanche et juteuse, un poisson révélant pleinement sa saveur, la magie du poisson entier selon le maître des crabes qui s'est révélé aussi maître du turbot. Selon lui, il n'y a qu'une méthode qui vaille, cuire les poissons plats avec leurs arêtes, car elles ont un parfum incomparable, ce n'est pas pour rien qu'on en confectionne les meilleurs fumets...
Commentaires
Ah bah voilà !!! ça délègue l'écriture sur son blog maintenant !!!!!!! La crise ... la crise ...
Patrick rentre en récession bloggienne mais pas en récession culinaire apparemment, et en plus donne ses précieux conseils par dessus le marché :)
Ce doit être ça qu'on appelle la générosité :)
moi qui ne suis pas copine copine avec monsieur poisson!!là franchement j avoue que j en mangerais bien un peu!!merci et j essayerais...
Les recettes simples et goûteuses avec de beaux produits, sur de belles rencontres, que demander de plus? D'accord avec toi pour les poissons plats avec arêtes, c'est bien meilleur avec et tellement plus simple.
Ben alors quoi, on devient schyzophrène, j'ai cru que tu avais vraiment fait une rencontre... ceci dit j'adorerais croiser un blogueur culinaire spécialisé en poiscaille qui m'invite chez lui avec sa gentille famille pour y apprendre l'art de décortiquer mille et unes bestioles !
Turbot ? Plat de fête avant l'heure (ici, denrée rare...)
va falloir que j'aille au marché de Lannilis moi
Je sens que je vais aller faire un tour au marché de Lannilis moi, même si je sais cuisiner le poisson :-)
J'ai aussi fait des rencontres sympas via mon blog (qui n'est pas culinaire).
C'est une jolie histoire, un joli concours de circonstantes en tout cas. Et une recette que je vais certainement essayer bientôt.
J'aime ces recettes simples.
J'ai aussi prévu de goûter le "crabe saoulé au muscadet cuit sur la braise" très bientôt.
Patrice, abonné à ce blog.
hummm
Comme quoi simplicité et plaisir s'accomodent bien...en voyant ce turbot je salive !!! à très vite au salon du blog à Soissons !!!
Ben dis donc ! Dorénavant, si tu veux faire ton marché incognito, tu vas devoir vêtir la capuche !
Non, je plaisante bien sûr ! Ce doit faire quand même drôle d'être reconnu ainsi dans la rue. Une star, je dis, ce Patrick.
Quant au turbot, je ne le cuisine pas tous les jours ! because the price..(quoique que l'on on trouve maintenant à prix plus abordable) mais si je devais en préparer un, je crois que le préparerai un peu comme toi, le plus simplement possible (un peu de gros pet (plan) dans le plat à la place de l'eau et le tour est joué. Une patate, du pain beurre et le paradis est au bout de la fourchette !!
c'est clair que cru il a une mine plutôt flippante ce poisson, remarque le propriétaire de ce blog que tu n'as pas hésité à suivre devais en avoir une aussi tout mouillé avec sa grosse femelle crabe dans la main! Bravo tu t'es bien acquittée du défi qu'il t'a lancé.
Bises à vous 2
Ps: Patrick j'aime bien quand tu "te la pètes avec tes conneries dénichées sur Google", elle font très "vrai savoir d'un vieux loup de mer", peut être parce qu'au fond elles reposent avant tout sur ça ^_^
Ringo Patt?
Un instant j'ai bien cru que tu parlais de toi à la troisième personne, un peu comme Alain Delon mais non. Magnifique ce poisson et pas d'arêtes.
C'est les bottes rouge "Céline" qui t'ont fait craquer ?!!!!
Ouf, j'ai cru que ça allait encore tourner au post porno... je reste encore sous le choc des seiches qui se "tentaculent".
En fait, rien de pervers dans ce récit... encore que ma mère m'a toujours dit de refuser les crabes donnés par les inconnus en ciré orange.
A mon tour de raconter une rencontre inoubliable: j'allais prendre ma dosette de café quand George Clooney m'aborda et me demanda "Excuse me, are you Miss Tiny from "Des goûts et des couleurs"?". Je lui ai répondu "WHO ELSE?"!!!
Bizzzz,
Alexandra
Quand Patrick embarque les clientes du marche de Lannilis, il ne prend pas n'importe lesquelles - il les choisit qui savent ecrire.
C'est comme pour la viande cuite avec l'os, cette histoire d'arêtes, non ?
(PS : jolies bottes)
Les bouquets, tu aurais pu les pêcher, vendredi le coefficient permettait des pêches miraculeuses.
Voilà un chouette défi et une plume que j'aime beaucoup!!
Bonjour Patrik,
Alors, je note, pour te rencontrer : faire "la touriste" au marché de Lannilis.
C'est quel jour ? (ici c'est le jeudi).
Moi j'aurais des bottes bêtement bleues Aigle, et va falloir que je m'achète des bagues et du vernis à ongles ......... ça va pas être triste !!
De toute façon c'est foutu, je ne saurais jamais écrire comme ça.
Tant pis, je vais me consoler avec ma soupe de poisson....... na !!!!!!!
Et puis ton turbot, on verra un autre jour (mais on verra un jour)
Bon appétit.
Lannilis
Je suis né à Landivisiau, et je suis allé une fois à Lannilis dans ma vie et en mobilette en plus, ce qui remonte à près de trente ans, mais à cette époque, point de blog de google et d'internénette, bref ça à du bon l'internet, moi ça me détent, surtout quand je lit des blogs de Stars (hors du starsystème) mais Star quand même.
Kénvo...
quand un loup (de mer) rencontre une tortue lyonnaise sur un marché au poisson breton... ça donne un récit de turbot! quelle étrange histoire de plume ...
Une belle plume pour une séduisante rencontre!! voilà qui me donne envie de parler à toute personne se trouvent au marché avec moi.
Le Turbot est bien un poisson de fête? alors bonne fête à cette rencontre
PS : je trouve les bottes assorties au ciré orange.
Elle écrit drôlement bien cette jeunesse en bottes
rouges de chez Celine : c'est presque le début d'un
scénario d'une série télé !
Très sympathique rencontre. j'ai beaucoup aimé ton récit !
Meilleur que dans mon restaurant fétiche pour le tourbot. Nous avons adoré.
Salut Patrick,
mais qu'est-ce que tu as fait avec cette pauvre bête ?
Tu as essayé tes nouveaux couteaux de chirurgien ? ;o))
J'espère que tu n'as pas oublie de servir les joues à tes invités.
Bravo ! je retourne à mes coquilles. Les turbots c'est du passé ou le futur comme on veut .
Amicalement Dimitri
Salut Patrick,
mais qu'est-ce que tu as fait avec cette pauvre bête ?
Tu as essayé tes nouveaux couteaux de chirurgien ? ;o))
J'espère que tu n'as pas oublie de servir les joues à tes invités.
Bravo ! je retourne à mes coquilles. Les turbots c'est du passé ou le futur comme on veut .
Amicalement Dimitri
Patrick, as tu des conseils à donner pour lever des filets d'un turbot ?
Sauvés par CDM !
Invités par mon frère ce premier janvier, sa femme nous dit à 13h en me montrant le turbot:-il a ramené ça du marché mais on ne sait pas le faire cuire...
OUPS!
alors je lui réponds : -t'as internet ?
et c'est comme ça que l'on a mangé ce midi un excellent turbot après avoir fauché des feuilles de laurier au voisin...
Bonne année 2009!
Absolument excellent !
J'ai acheté un turbot ce matin au marché. Je suis tombé un peu par hasard sur ce blog. Verdict : ce turbot est le meilleur poisson que j'ai jamais mangé ! La recette est toute simple et vraiment excellente, quelles saveurs... N'hésitez pas !







