vendredi 20 mars 2009
Brouillade de couteaux et de févettes
Je n’aime pas le sable, marcher dessus à la rigueur, pêcher dedans parfois : il le faut bien, c’est là que vivent les pieds de couteaux de cette recette. Encore que ceux-ci, je ne les ai pas pêchés moi-même, ils m’ont été donnés par mon pote Jean-Luc L’Hourre, dont j’attends toujours par ailleurs qu’il me convoque pour fêter dignement la première Étoile au Michelin du Bourg de Lannilis et du Pays des Abers Réunis (pas une première pour Jean-Luc, il l’avait déjà obtenue dans le Périgord). Bravo mon pote et bises à Anne-Laure, on est tous fier de vous!
Le sable, c’est une matière pour enfants ou verriers. Lorsque j’étais gamin toutefois, il m’intéressait peu, je préférais crapahuter sur les rochers, autrement plus mystérieux et aventureux. Oh bien sûr, j’ai fait quelques châteaux et bateaux de sable, mais je rechignais aux simples pâtés m’a-t-on rapporté, déjà rebelle à la pâtisserie et à l'urbanisme de villes nouvelles. Je faisais non des tours mais des trous, que je m'échinais à remplir comme des puits ou des verres de limonade, le sable buvait tout, franchement de décevants exercices de Danaïdes.
Tandis que dans les rochers, le moindre creux abrite une flaque vivante, véritable mer en miniature que je restais observer des minutes durant (oui, je ne tenais pas longtemps en place), immobile car au moindre mouvement, crabes, crevettes et gobies se cachent sous la frange d'algues, alors que bigorneaux et patelles interrompent leur course pour se plaquer au sol.
Avec un peu de chance, je pouvais aussi apercevoir le pas trébuchant d'un bernard-l'ermite ou le trait fulgurant d'une jeune orphie. Les anémones de mer étaient tentantes avec leurs tentacules couleur turquoise, je ne devais pas les toucher, on m'avait prévenu que "ça pique", du coup j'étais dix fois plus tenté. J'ai essayé il y a peu le coeur battant: même pas mal...mais je me suis rapidement rincé les mains!

Mes châteaux et mes bateaux de sable, je les construisais très bas sur l'estran, de façon à être certain d'assister à leur destruction ou naufrage par la marée montante, une profonde jubilation que ne connaîtront jamais les méditerranéens, une grande plage toute lisse après chaque marée, où on peut y dessiner à nouveau des lignes ou des pas. Je me démenais en rigoles et barrages jusqu'à l'issue fatale ou l'heure du goûter (Ferdinand de Lesseps s'interrompait aussi pour manger, à ce que je me suis laissé dire).
Je détestais revenir à la maison, du sable plein les fringues, collé aux jambes et aux bras, les sandales abrasives et la tête qui gratte. Parce que bien entendu et breton têtu, je ne me baignais pas, je pagayais dans un tanker gonflable offert par une marque d'essence, ignorant encore à l'époque jusqu'au terme de marée noire. Il a fallu que j’arrive en Mer Rouge à neuf ans pour prendre goût à la trempette, mais seulement pour aller planer au dessus des bêtes avec un masque et un tuba, et non avancer bêtement jusqu'à loin en faisant des gestes saccadés (alors qu'il y a des bateaux, faut être logique).
Lors de mon enfance, les plages étaient encore vivantes, on ne se sentait pas obligé de les herser avant l’arrivée des estivants pour leur fabriquer un beau bac à sable stérile… Dieu merci, il existe encore de petites plages où les tracteurs ne vont pas, ont se contente de ramasser à la main les déchets humains toujours plus nombreux, drossés par les tempêtes hivernales. Le seul intérêt des plages de sable, c'est qu'elles sont l'échouage des épaves, dommage que celles-ci fassent désormais moins rêver... à part les strings rouges, évidemment...
L'été, les raies des sables envahissent le haut des plages, tandis que les cancérologues de l'épiderme se frottent les mains, ce n'est pas demain qu'ils connaîtront le chômage.
J’aime les dunes de sable par contre, leurs ondulations magiques, leurs plantes extraordinaires, ma fille adorait les dévaler à toute vitesse jusqu’à la plage, mi-courant mi-glissant, au retour, des parois à escalader avec le sable qui se dérobait sous ses petits pieds. Certes, elle dérangeait les gwinelli, ces hirondelles de rivage qui y nichent en troglodytes, mais bon, elle est de la famille de ces oiseaux captivants!
L'une des plus belles plante du monde selon mon regard pousse en ces endroits, le panicaut des dunes, qui recommence à devenir plus commun depuis qu'il est protégé, il est en effet si tentant de le ramener en vase, à éviter!
Les dunes sont fragiles, faites y attention, ne cueillez rien à part quelques champignons, on peut y trouver des pleurotes, des mousserons et même des morilles. La végétation y est très fragile et même le sable doit être protégé.
En effet, sans végétation, la dune n’est pas stabilisée et s’envole. Alors on plante des oyats, un à un, pour lutter contre l’érosion naturelle ou le piétinement humain, on entoure alors ces endroits replantés de palissades de bois… respectez ces limites… Évitez de vous garer en voiture sur les dunes, vous ne leur faites pas de bien, je sais que le parasol, les serviettes, la glacière et les jeux de plage pèsent et sont encombrants, faites gaffe quand même !
Brouillade aux pieds de couteau et aux fèves
Plusieurs indices sur l'étal des marchands de primeurs me signalent l'arrivée du printemps, les premières asperges, les aulx nouveaux d'Egypte et les févettes du Maroc. Je les aime beaucoup, celles-ci viennent du marché Saint-Louis à Brest, à la fin février. La fèves est mon légume fétiche, j'en consomme sous toutes les formes, ma préférée est incontestablement la jeune fève crue, ou à peine cuite comme ici.
Ingrédients pour quatre
- six œufs
- 12 à 18 pieds de couteaux (selon leur taille)
- jeunes fèves fraîches
- une petite échalote
- une demi-verre de vin blanc
- sel
- poivre blanc
Depuis la publication de la recette de la brouillade aux oursins, ma façon de confectionner les œufs brouillés vous est connue. Je commence par séparer les jaunes des blancs. En cette saison hivernale où les jaunes sont assez petits, pour quatre personnes, je sépare les blancs et les jaunes de cinq œufs, et j'ajoute le jaune d'un sixième.
L'idée de séparer préalablement ces deux parties de l'œuf pourtant appelées à être mélangées, m'est venu il y a très longtemps, en me disant qu'avec la méthode traditionnelle, soit le jaune est parfaitement cuit, et alors le blanc ne l'est pas assez, et inversement, si on veut obtenir un blanc bien coagulé, on risque alors de trop faire cuire le jaune. L'omelette baveuse certes, mais pas les les œufs brouillés!
Donc, je mets les blancs à cuire avant les jaunes, les deux sont parfaitement cuits (en général), et le jaune vient entourer le blanc, donnant son onctuosité au plat sans qu'il faille ajouter de la crème. Ni de cuire au bain-marie, je travaille directement à la poêle ou à la sauteuse.
Recette
Si vous achetez les pieds de couteau à un poissonnier ou à un mareyeur, vous pouvez les apprêter directement, demandez quand même s'ils ont dégorgé leur sable. S'ils viennent d'être pêchés (grâce à l'une des techniques baroques mais toutes efficaces décrites dans ce billet), vous devez les mettre à tremper dans de l'eau salée à même proportion que la mer (soit trois grammes par litre), pendant une douzaine d'heures. N'utilisez pas d'eau de mer dans un récipient, stagnante elle devient un dangereux bouillon de culture.
Une fois dégorgés, ouvrez les pieds de couteau à couvert dans une casserole avec un peu de vin blanc, juste le temps que la chair soit décollée des coquilles, comme pour des moules, en beaucoup plus rapide. Ensuite, vous finissez de les nettoyer, en enlevant les parties noires. S'ils vous paraissent encore un peu sableux, rincez les rapidement dans une passoire. Ensuite vous les hachez assez grossièrement.
Les fèves, que vous avez choisies petites, vous les écossez, puis vous les plongez dix secondes dans de l'eau bouillante, pour les rafraîchir aussitôt à l'eau très froide. De cette façon, vous pourrez facilement éplucher le tégument. Pelez et hachez finement (au couteau) une petite échalote et commencez la brouillade.
Dans une poêle anti-adhésive, mettez l'échalote à rissoler dans un peu de beurre, salez légèrement. A joutez les pieds de couteau, ils vont rendre un peu d'eau, laisser cuire en remuant tant que toute cette eau ne s'est pas évaporée.
Ajoutez alors les blancs d'œufs, et mélangez jusqu'à ce que ce dernier commence à coaguler. Il peut se former de l'eau dans la poêle à ce moment, videz la. Mettez alors les fèves, puis les jaunes, et continuez la brouillade, en rectifiant le sel et en assaisonnant au poivre blanc, jusqu'à ce qu'elle soit à votre convenance. En cours de cuisson, n"hésitez pas à enlever du feu si la préparation commence à coller au fond de la poêle.
Je l'aime bien un peu compacte la brouillade, qu'on puisse la faire tenir en tas dans l'assiette, plutôt que la voir s'étaler. Dressez sur des assiettes chaudes de préférence. J'ai improvisé un décor un peu kitsch, avec une coquille de pied de couteau, et une mouillette (non beurrée, mais on peut), de ciabatta grillée.
vendredi 13 mars 2009
Coquilles saint jacques panées à la japonaise
Vous je ne sais pas, mais moi si et même beaucoup. J'aime l'ail sous toutes ses formes (sauf en dessert, mais je n'apprécie pas les desserts en général, ce n'est pas lié à l'ail), pour ma provençale d'épouse, c'est un aliment à part entière (encore que je n'ai jamais pu avaler la soupe de lait à l'ail qu'elle prépare certains lendemains de fête, mais c'est parce que je n'aime pas le lait).
L'ail n'est pas une plante marine, ce serait l'un des principaux défaut à lui reprocher, ne pas me présenter d'angle pour en causer sur CdM à la ligne éditoriale intégristo-marinée. Et voici que depuis peu, j'ai fait la connaissance d'aulx maduro maturés dans l'eau de mer, alors pensez bien que je n'allais pas rater l'occasion...
Histoire d'aulx
L'ail resta très longtemps inconnu des hommes. En effet, nos ancêtres vivaient dans les arbres. Il fallut dans un premier temps qu'ils songeassent à en descendre; ensuite, bien du temps passa avant que venant de si haut, ils eurent l'idée de creuser la terre, où pourtant les attendaient des denrées aussi indispensables à la civilisation que le gingembre, les truffes, les cacahuètes et l'ail.
Évidemment, ils ne surent pas comment utiliser ces caïeux à la saveur puissante, personne n'ayant l'idée de les ingérer pour le plaisir, et ils ne servaient qu'à de piquantes farces, fines, subtiles et cocasses. Pour distraire les collègues de caverne, il était du dernier lol d'en fourrer en douce les cuissots d'agnosaures. L'innocent, savourant à pleines babines son gigot à l'ail, croquait tout à coup la gousse. Il se levait et réclamait une bière en criant : Aïe ! Aïe ! Aïe ! ", car ça piquait dur.
C'est donc de cette époque, innocente et bénie, que date le nom de cette plante. Ce fut également lors de ces plaisanteries que l'on découvrit que l'ail avait un effet vermifuge, car il débarrassait la viande des indésirables, et qu'il apaisait les tensions, les artérielles comme les autres.

L'ail est originaire d'Asie Mineure, comme le concerto en sol. Sa propagation vers l'ouest suivit deux routes, l'une passant au sud par Madagascar, où il croisa une espèce indigène, l'ay, lequel par un curieux hasard avait suivi un parcours inverse à celui de l'homme, passant apparemment d'une vie souterraine à une existence arboricole. C'est étonnant comme cet animal ressemble à une copine blogueuse, je ne vous dirai pas qui.
Il parvient ainsi en Amérique Latine où l'attendait un autre cousin lointain, l'aï ou paresseux (qui lui aussi ressemble à un blogueur, lequel n'est pas de mes copains...)

L'autre route le conduisit en Égypte, où il prit une importance considérable. Compte tenu de sa saveur forte, les égyptiens le réservèrent à un usage médical, funéraire ou fortifiant. Il faisait partie de la ration quotidienne des esclaves affectés à la construction des monuments.
Lorsque Moïse alla fredonner "Let my people go" au Pharaon Ay, dont le portrait ci-dessous orne le tombeau de Toutankhâmon (la chronologie est fausse, mais faites comme si vous étiez ignares), donc disais-je, lorsque Moïse fut sauvé des aulx, son peuple parvenu en terre promise se prit à regretter la nourriture fournie par les égyptiens, dont l'ail. La littérature morale en est d'ailleurs contisée, avec cette histoire de celui qui voit l'ail dans l'oeil du voisin alors qu'il a une loutre dans le sien, ou celle de l'ail dans la tombe qui regardait Caïeux droit dans les yeux.
Les soldats grecs s'en servaient également comme fortifiant; certaines sources prétendent que le jet d'aulx était alors une discipline olympique, et qu'aux prochains jeux de Londres, on pourrait bien assister au retour du jet d'ail. Ce ne fut qu'à Rome que les qualités gustatives de l'ail furent pleinement appréciées, les romains en consommaient le matin, frotté sur du pain. Ces gens là mangeaient couchés, je vous le rappelle (l'ail au lit, j'ose aussi!).
Au moyen âge, l'ail fut doté de toutes les vertus de protection contre les influences mauvaises et les agressions de tous ordres, à commencer par les morsures de serpent et de vampires, les maléfices et les parasites intestinaux. On sait que le peintre de la Renaissance, Jérôme Bosch plaçait des têtes d'ail dans tous ses tableaux, plus ou moins dissimulées, mais dans la représentation de l'enfer, c'est évident, le truc rose à peine déguisé en biniou n'est pas une cornemuse.
La dernière personne illustre de l'histoire à jeter son dévolu sur l'ail fut le gourmet Henri IV, qui en était friand depuis qu'on lui en avait frotté les petites lèvres à sa naissance. Avec du Jurançon, quel accord singulier...
L'époque moderne a redonné à l'ail des terroirs, avec notamment dès 1966 la reconnaissance d'origine de l'ail rose de Lautrec. Lautrec le village, pas le peintre Toulouse-Lautrec (lui même souvent confondu avec un match de rugby).
C'e fut une injustice, car l'ail rose est génériquement originaire de L'Hay-les-Roses. Mais bon, le Lautrec est de loin le meilleur, même si je ne peux pas me départir d'une certaine tendresse pour l'ail de Cadours. Je consomme l'ail nouveaud'Egypte, en tout début de saison, quand ceux cultivés plus près ne sont pas encore disponibles, car je n'en peux plus de la fin de saison de l'ail sec, mou, germé et taché. Cela me parait d'ailleurs moralement moins contestable que d'acheter des fausses échalotes de Hollande.
J'aime assez l'ail d'Arleux, qui est fumé. Je viens de découvrir grace au présent billet un cru d'ail breton réputé (nul n'est prophète en son pays), dans la Baie du Mont Saint Michel à Cherrueix. Je ne vais certes pas énumérer toutes les appellations, ce serait mortel et même pis, long.
Avant de vous inviter en cuisine, un peu d'auto-promotion, une fois n'est pas coutume : Parallèlement à la rédaction de ce billet (le 150ème rugissant de CdM, je n'y crois pas!), j'ai développé une application bien utile. Installez la rapidement sur votre téléphone, si par mégarde vous appeliez un vampire ou une vipère, ils ne vous mordront pas l'oreille. Merci qui?
ailphone
(depuis j'ai vu que je n'étais pas le premier à
l'avoit faite, mais je laisse, ça me fait plaisir)
Coquilles saint jacques panées à la japonaise
Cette recette résulte de "Beignets de coquilles saint jacques, petite salade de mâche à l'huile de sésame et sauce au wasabi", que j'ai goûtés il y a peu à l'excellent Millénaire à Reims. J'ai renforcé le biais japonisant de ce plat en réalisant des noix de saint jacques panées avec cette merveilleuse et légère chapelure japonaise qu'est le panko.
J'ai confectionné une mayonnaise au wasabi. Du pur wasabi, pas cette poudre ou ces tubes qui en contiennent très peu, et sont surtout composés de raifort et de moutarde en poudre, colorés. Le hon-wasabi est une plante cousine de ces deux là, mais elle ne pousse qu'au Japon, le long des ruisseaux de montagne, ce qui explique son prix élevé. Vous pouvez bien utiliser la poudre coupée, par ailleurs le véritable wasabi pur est difficile à trouver. Voici à quoi ressemble cette racine, traditionnellement râpée en effectuant des gestes circulaires, à l'aide d'une râpe en faïence, ou comme ci-dessous en peau de requin, ce qui nous rapproche de la mer...

Ce wasabi pur, conditionné en tube, je l'ai trouvé à l'Atelier-Issé à Paris, un lieu magique où je me suis rendu sur le conseil d'Esterelle, cette amie qui finira par caraméliser ma carte de crédit et écrouler mes placards de cuisine, à force de communiquer d'excellentes adresses.
En me promenant dans la boutique en compagnie de Brigitte, je suis tombé en arrêt devant des têtes d'ail noir d'Aomori, un produit que je convoitais depuis que François Simon, cet indicateur avancé qui éprouve tout autant mon budget avec des adresses de bonnes tables, s'en était fait l'écho, et à sa suite, Esterelle bien entendu...
En quelques mots, Aomori est une préfecture du nord de Honshû, une région aussi maritime (presque un pléonasme au Japon) qu'agricole, où l'ail cultivé est très réputé. Les gousses sont de couleur ivoire à l'origine, et ce n'est qu'à la suite d'un plus ou moins long processus de maturation particulier qu'elles deviennent de ce beau noir de jais.
Elles sont placées dans de l'eau de mer (recueillie en profondeur afin qu'elle soit la plus pure possible en plancton qui la corromprait durant l'opération). Elles sont ensuite maintenues en moyenne durant un mois à une température comprise entre 60 à 70°. A ma connaissance, l'entrée de cet ail noir dans la gastronomie est relativement récente, on le considérait plutôt comme un alicament fortifiant. Les geishas auraient coutume de l'offrir à leurs prétendants, car c'est un puissant aphrodisiaque*.
Sa saveur ne renie rien de son origine, mais elle est devenue douce, presque sucrée, et sa consistance s'apparente à celle d'un fruit sec, genre abricot.
Ingrédients pour deux personnes
- huit coquilles saint jacques
- farine
- deux oeufs
- panko (chapelure japonaise)
- moutarde forte
- wasabi
- huile de pépin de raisin
- cresson
- graines de sésame blanc
- huile de noisette
- vinaigre de Banyuls ou de Jerez
- une ou deux gousses d'ail noir d'Aomori
Recette
Ouvrez les coquilles saint jacques, ne gardez que les noix. Une fois séchées, conservez les au frais dans du papier absorbant, au moins une heure avant de procéder à la cuisson, ceci afin qu'elles soient bien froides et ne cuisent pas trop à coeur.
Montez une courte mayonnaise, avec un jaune d'oeuf, une pointe de moutarde, et aromatisez la au wasabi. Tenez au frais également
Préparez et lavez le cresson, en ne laissant que peu de tiges. Confectionnez une vinaigrette avec de l'huile de noisette et du vinaigre de Banyuls; je n'ai pas voulu utiliser d'huile de sésame, je trouve sa saveur très envahissante. Faites légèrement brunir à sec une cuiller à café de graines de sésame blanc. Couper les gousses d'ail noir en languettes
La panure japonaise est un fait une panure anglaise, car c'est ce peuple qui a laissé cette recette au Japon. La version aux huîtres (ma préférée), se nomme kaki-furaï, et celle aux crevettes ebi-furaï, le mot furaï étant une transposition de l'anglais fried. Je ne connais pas le nom de la version à la coquille saint jacques, n'en ayant encore jamais vu auparavant. Celle à l'échine de porc est le tonkatsu.
Il s'agit donc de tremper successivement la noix dans de la farine, puis de l'oeuf battu, puis de l'enrober de chapelure panko. Faites frire à l'huile de pépin de raisin (de préférence) jusqu'à ce que les pièces prennent une couleur brun-roux. Égouttez l'huile superflue, et présentez avec d'une part, le cresson assaisonné de la vinaigrette, des graines de sésame et surmonté des lamelles d'ail noir, et d'autre part, la mayonnaise au wasabi.
La mayonnaise est un peu tombée, elle ne l'était pas à l'origine, mais en la goûtant au dernier moment, je ne l'ai pas trouvée assez corsée, et j'ai rajouté du wasabi, ce qui l'a un peu liquéfiée en mélangeant.
Ainsi frite et protégée dans sa croûte panée, la coquille saint jacques est cuite à perfection, nacrée et à la saveur intacte. Par contre, j'ai subi un nouvel échec dans mes tentatives de faire un truc sympa avec le corail qui décidément, se justifie de moins en moins dans ma cuisine. Je l'avais simplement fariné, avec l'idée de le frire au dernier moment pendant que je dressais dans mes assiettes toutes neuves, histoire d'y ajouter un trait de couleur. Sachez que le corail éclate à la friture aussi bêtement qu'un oeuf au four à micro-ondes. Évidemment, je cuisinais encore sans tablier...
* Le coup de l'aphrodisiaque, c'est juste pour déconner...
mardi 3 mars 2009
Patelles en sauce kemia
Je vais tout d'abord mettre à l'aise mes potes d'Afrique du Nord, je sais que la kémia n'est pas une sauce, mais un ensemble de plats présentés en début de repas (voire un assortiment assez complet faisant tout un repas), à la manière par exemple du mezze au Liban. Cette recette, je la tiens de ma mère, qui a séjourné à Bizerte avec son marin de père, elle l'a toujours nommée ainsi, il n'est pas en mon pouvoir de modifier un tel état de fait.
Je vais également décontracter potes et familles bretons, je n'ai pas tourné drolic, je mets toujours "patelle" dans le titre de mes recettes, mais tout le monde sait désormais que j'évoque le brennig, bernique ou arapède en français courant.

Tant qu'il y aura des brennigs, ne je mourrai pas de faim
Il est indéniable que nous ne sommes pas nombreux à consommer cette petite merveille, et du coup elle pullule. Pêcheurs à pieds, laissez un peu en paix les coques et autres habitants du sable, que vous êtes en train de faire disparaître doucement mais surement. Allez dans les rochers avec une lame solide et traquez les brennigs.
Proies faciles, paisibles brouteurs d'algues, comme les bigorneaux et les ormeaux. Moins savoureux que ces derniers certes, mais tellement plus évidents à pêcher. Pas n'importe où certes, c'est au dessous des goémons noirs (fucus...) qu'ils sont les plus tendres et savoureux. Ne les prenez pas dans les endroits où le sable est présent autour des rochers, surtout en hiver où les tempêtes soulèvent de vrais dunes sous-marines. Ce sable se dépose sur les algues, et les petits voraces l'ingèrent sans y prendre garde, bref ils deviennent sableux, ce qui est ennuyeux pour cette recette où les viscères sont conservés.
C'est toujours un étonnement de constater que ces animaux soient délaissés, à la manière des crabes verts dont on fait une délicieuse soupe. Sauf erreur, je ne les ai vus qu'une fois en vente, à Paris, au rayon poissonnerie du supermarché Tang Frères. Ce qui m'avait alors inquiété, me disant que si les asiatiques se mettaient à apprécier, un cartel d'exploitation et d'exportation se mettrait en action, laissant mes rochers aussi dégarnis que le crâne du Bouddha, et qui va les retenir ensuite?
Tant qu'il y aura des brennigs, je ne m'ennuierai pas
Je me faisais récemment la réflexion que CdM est trop exclusivement orienté sur la nourriture et sur quelques tentatives d'homme de livres et de bistrots. Je commence donc dès aujourd'hui à vous proposer quelques activités d'éveil et travaux manuels, qui avouons-le, se sont pour l'instant limités au cendrier coquille saint jacques pour camping-car.
Un cendrier de plage
Je commence cet atelier par un cendrier de plage, peu encombrant, élégant, réversible et polyvalent. N'oubliez pas qu'un mégot de cigarette avec son filtre est constitué de fibres plastiques, qu'il pollue à lui seul trois litres d'eau de mer, et qu'il peut mettre jusqu'à 15 ans avant de disparaitre, s'il n'est pas avalé par un poisson le confondant avec une proie (au même titre qu'une tortue de mer s'étouffe en confondant sac en plastique et méduse).
La réalisation de l'objet est simple, il suffit comme ci-dessus de relier les bouts pointus de deux coquilles de brennig, à l'aide de caramel au beurre salé ou de Nutella, selon vos opinions politiques. N'ayant ni l'un ni l'autre à disposition, j'ai utilisé du mastic à greffer les algues. Rien ne vous empêche d'offrir ce cendrier en kit, à la manière d'un Kinder Surprise, dont la coque serait constituée des deux coquilles jointes par l'ouverture, et le cadeau un caramel ou une boulette de pétrole tout aussi facile à ramasser sur l'estran..
Vous constatez que la vocation première de l'objet peut être détournée, ainsi les non fumeurs pourront l'utiliser comme diabolo sur les plages, et les petites filles comme bidet dans la maison de Barbie, les jours de pluie.
Le bonneteau du bigorneau
Que votre dessein soit d'amuser les enfants ou de faire fortune dans les couloirs du métro, vous avez à votre disposition un équipement de jeu à la fois écologique, solide et original. Vous connaissez sans doute la façon de jouer, il faut faire deviner sous quelle coquille est cachée le bigorneau, après avoir déplacé plusieurs fois et très rapidement les trois. Exemple :
Vous pouvez bien entendu utiliser un bigorneau d'une autre couleur; ne faites toutefois pas comme mon amie blogueuse, la pétillante Chantallic de Kerbarbick, qui s'est lancée dans l'exercice avec une fève tonka et des verrines de cristal, sincèrement c'était trop facile!
Habillée de pieds en cap
Chantallic de Kerbarbick a bien voulu être mon mannequin pour cette série d'activités en lien avec la mode.
Je vous présente en ouverture de défilé, un ravissant chapeau d'inspiration tonkinoise mais parfaitement adapté à notre environnement celtique. Il reproduit la forme du casque du dieu Brenn; c'est un chapeau rond-vive-les-bretons; son poids lui évite d'être emporté par le vent; sa pente permet aux averses de ruisseler avec élégance; et sa solidité vous permettra, Mesdames, d'aborder avec calme le moment inévitable où le ciel nous tombera sur la tête.
Ci-dessous, mon ami le grand couturier (notez qu'on est soit grand couturier, soit petite main) Jean-Charles de Patelle-Barjot a introduit dans sa Collection Glam-Roots Eté 2009, ce très seyant haut de bikini en cuir de brennig repoussé. Le modèle se décline en différents coloris et pour tous les bonnets (de bain).
A l'heure où je mets ce billet sous presse, le Maître n'avait créé que le haut du bikini, à moins qu'il n'ait seulement imaginé un monokini. Dans l'expectative, j'ai dû faire avec les moyens du bord. Je n'ai pas utilisé de vigne, car hélas elle est surtout vierge en Finistère, mais du lierre qui meurt où il s'attache, à tout hasard.
Philosophiquement, la question de savoir s'il fallait mettre un cache-sexe à Barbie qui n'en a pas, s'est posée. Ken non plus d'ailleurs, c'est d'ailleurs pour cela qu'il vont bien ensembles. La recherche esthétique a prévalu sur la réflexion ontologique.
Chantallic de Kerbarbick n'a pas de sexe mais elle a des fesses, ce monokini nouvelle vague devient alors un toukunu, lorsqu'elle revient toute mouillée du bain de mer, et qu'il faut la sécher. Je ne pouvais laisser une telle détresse sans intervenir, et c'est encore une fois l'humble patelle qui vient parer la femme d'un cache-cul naturel.
(Tiens, j'aurais dû l'appeler Maria ma bretonne-blogueuse-mannequin-anorexique, ce qui aurait permis un truc du genre : "En Bretagne, quand on a lavé Maria, on n'a pas la patelle austère" mais je ne peux pas penser à tout, les latinistes me le pardonneront).
Une qui a été étonnée (enfin vaguement, plus rien ne la surprend vraiment de ma part), c'est ma fille, de me voir ainsi jouer avec une Barbie toute nue. Cela dit, j'ai eu de la chance qu'elle puisse m'en prêter une, en dépit du fait que nous en ayons eu un élevage à la maison à une époque, des neuves offertes et encore plus de seconde main chinées aux puces avec sa mère.
Elle s'est débarrassée de la meute l'an dernier, en léguant les plus neuneuses au Musée de la Pétasse de Barbizon, et en vendant le reste en vide-grenier (afin de s'acheter un pull Bérénice avec des ailes d'ange dessinées dans le dos, j'y crois pas...) Il restait une Barbie oubliée dans les coffres de la chambre de Bretagne, heureusement pour ce billet!
Dimanche en conduisant vers Paris, j'entendais à la radio que nous parvenons au cinquantenaire de la Poupée Barbie. Surpris, car elle ne fait pas son âge et surtout car j'avais plutôt une haute opinion de l'année 1959, excellent millésime pour les vins et pour les mecs nés le matin du 28 mai. Inquiet aussi, car on racontait que ce cinquantenaire serait l'occasion de relancer, à grand renfort événementiel, la poupée dont les ventes reculent depuis plusieurs années. Karl Lagerfeld va y participer avec une Barbie et un Ken grandeur nature, vieux beau va!
Je tiens à affirmer que je reste indépendant, que ce billet est une coïncidence et non une opération sponsorisée. On ne m'a pas envoyé de Barbie pour que j'en cause sur mon blog... d'ailleurs, on ne m'envoie jamais rien, on me juge probablement trop dangereux. Allez, en cuisine l'affreux!..
Patelles en sauce kemia
Je vous les ai déjà proposées de deux façons ces bestioles, cuites à la braise et en terrine. Ici figure un petit plat en sauce, pour lequel il faut choisir de petits sujets, de 2 à 2,5 de diamètre environ. En effet, l'animal est un peu coriace, les petits sont plus tendres. Pour la cuisson au feu de bois, c'est moins important et encore moins pour la terrines où elles sont hachées.
Ingrédients
- un bon kilo de patelles
- beurre
- une échalote moyenne
- une gousse d'ail
- 50 grammes de concentré de tomate
- whisky (ou cognac)
- cumin
- piment
- poivre noir
Recette
Commencez par laver les patelles à grande eau, puis faites les ouvrir à couvert dans une casserole, avec un trait d'eau. L'opération est terminée lorsqu'elles sont toutes décollées de leurs coquilles, mouvement que vous encouragerez en remuant fréquemment. Ne jetez pas l'eau qu'elles rendent, on l'utilise pour la recette, au contraire, filtrez là et conservez en un verre, sans vous inquiéter de son éventuelle couleur sombre, ça peut arriver, c'est dû à certaines algues qui colonisent leur coquille.
Attendez qu'elles soient tièdes et commencez la partie la plus fastidieuse de la recette, à savoir enlever les parties indigestes, à savoir la tête et le tube digestif très râpeux qui la prolonge. Normalement, en pinçant la tête entre le pouce et la pointe d'un couteau, tout doit venir en exerçant un mouvement rotatif. Si par accident (qui vous arrivera comme à moi) vous coupez le filament, ce n'est pas très grave, il est facile à récupérer!
Une fois cette chirurgie digestive accomplie, vous rincez à nouveau les bestioles, pour obtenir quelque chose qui est déjà très comestible en vinaigrette aux herbes, mais on va faire mieux.
Ciselez finement une échalote, et mettez la à rissoler doucement dans du beurre. Lorsqu'elle est presque translucide, ajoutez le concentré de tomate, remuez un peu, et ajoutez le verre d'eau de cuisson filtrée. n'en ajoutez pas plus d'un petit verre, car elle est très salée, d'autant qu'on va faire réduire ce mélange quelques minutes, après y avoir ajouté un peu de whisky et l'ail.
Lorsque la sauce est couvrante, mettez à petit feu, épicez avec deux cuillers à café de cumin en poudre et une demie de piment d'Espelette (ou de niora piquant, ou tout autre piment de votre choix, ma mère utilisait quelques gouttes de whisky dans lequel marinait depuis des mois un gros paquet de piments oiseaux secs, un véritable lance-flammes), puis un peu de poivre noir. Laissez un peu les arômes des épices se développer, puis ajoutez les patelles, et maintenez encore deux minutes à petit feu. Servir très froid!
Il faut donc les présenter en kémia, associées à d'autre petits plats, ici des bigorneaux et quelques tranches de boutargue.
Pour respecter la tradition, je me suis versé une anisette, excellente avec ces patelles, très bien avec la boutargue (bien que l'accord parfait soit un vieux malt non tourbé), et bien aussi sur les bigorneaux, cuits comme d'habitude avec entre autres du fenouil frais.
Le brennig est parfait servi ainsi, une plus grosse quantité pourrait être mal digérée, surtout en soirée. Certes il est moins tendre que l'olive et moins croquant que la cacahuète, mais son Q.I. leur est nettement supérieur.

































