Cuisine de la mer

Cuisine des poissons, coquillages et crustacés

vendredi 14 août 2009

Queues de langoustines à la braise

Bombardes et bombardements à Brest

Je vais vous parler un peu de Brest aujourd'hui, une ville qui sonne un peu comme en écho au glas du Havre, port militaire rasé par les bombardements alliés, anglais surtout. 165 bombardements entre juin 1940 et septembre 1944, il ne restait debout des constructions d'origine, que trois ou quatre maisons et le château, abîmé mais toujours debout, avec son arme d'une autre époque, une bombarde, quelle dérision...

bombrest

Certains aviateurs, maladroits ou peu courageux, n'allaient pas jusqu'à la ville se confronter aux tirs de DCA de la Flak allemande, mais lâchaient leur pluie mortelle plus au nord, dans mon patelin par exemple. Depuis, nous aimons Brest,  forteresse fragile, mais fière et lumineuse.

Bien que sa reconstruction hâtive après-guerre en a fait une ville assez grise, rectiligne dans ses avenues, elle est vallonnée, elle plonge vers ses ports, militaire, marchand, de pêche et de plaisance. Cette ville est redevenue riche d'endroits et de personnes, de coins où se balader, boire des verres, célébrer la culture vivante, entre Centre Culturel et Jeudis du Port, rencontrer les marins de tous pays, faire un tour à la criée ou s'embarquer pour Ouessant et toutes les îles.

mort_du_grand_pont

Le plus beau texte sur cette ville détruite, on le doit à Jacques Prévert, un hymne à l'amour et au désespoir :

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Voici ce poème dit par Serge ReggianiReggiani :

La folie des bombardes ne s'est pas éteinte, elle est désormais gaie et décalée, les jeunes brestois sont universels, regardez cette vidéo qui commence à la gare (le ciel bleu, c'est sans trucage!) et se termine dans je ne sais quel supermarché (Intermarché, mais de Brest mêm' ou de quel quartier ?), il est là le vrai folklore, au sens noble du terme qui est de l'appropriation et non de l'enfermement. Quand tout a été détruit, il faut tout refaire, et vite...

Pour les inconditionnels des Groove Boys, voici leur dernière prestation au "Festival des chants marins", de Paimpol, voici quelques jours, images prises depuis la foule, c'était un succès. Autant vous dire que la litanie classique de ces chants désormais académiques (Youp'la, souque au cabestan mon petit gars, lonla, oublie pas que la paimpolaise t'attend au Pays Breton) en a été sérieusement décapée!

Il n'empêche que j'ai été contrarié, par les séquelles de la guerre, carrément! Dimanche dernier je me dirigeais benoîtement vers Brest, histoire de passer au marché de la rue de Lyon, d'en ramener quelques beaux produits pour le dîner du soir, où je recevais un copain anglais totalement acquis à mes abers. On pourrait y voir comme une vengeance de l'histoire, mais ce n'est pas mon genre.

On considère que sur les quelques 30.000 bombes tombées sur Brest, 10% d'entre elles n'ont pas explosé. On en retrouve très souvent, et alors le processus est toujours le même, périmètre de sécurité et évacuation des habitants à grande échelle, le temps que les artificiers interviennent. Ce dimanche, comme dimanche prochain d'ailleurs, c'est tombé du Pont de Recouvrance jusqu'aux Halles Saint Louis, pas question donc d'accéder au marché...

Il était déjà tard, ce qui m'a conduit à servir du congelé à mes invités, un moindre mal en comparaison de 16.000 personnes virées de leur quartier en attendant que ça se passe.

Queues de langoustines à la braise

Ingrédients

- queues de langoustines
- whisky
- laurier
- paprika doux
- piment du type piri-piri (Portugal)
- huile d'olive

Il fut un temps pas si lointain, je trouvais dans les bacs à surgelés d'un supermarché du coin, des queues de langoustines, estampillées "Pêcheurs Bretons" ou quelque chose du genre, un vrai bon produit à passer à la braise sans complexe, une saveur immédiate, authentique et pas très chère.

N'en trouvant plus depuis deux ou trois ans, je me suis rabattu sur celles de chez Picard. Grosse déception, même si la plupart était de bonne qualité, il n'empêche que j'ai trouvé dans les deux barquettes un nombre significatif de queues molles (no comment les potes!), et beaucoup de déchets de carapace, j'ai pesé pour trouver un taux de 15% d'immangeable, photo ci-dessous à l'appui.

bombrest2

Monsieur Picard, quand on vend un produit à 23,70 euros le kilo (oui, un chiffre étrange, en fait c'est psychologiquement vendu à 6,95 euros les 300 grammes), d'une part on ne met pas autant de déchets dans le lot, d'autre part on considère aussi qu'avec des langoustines vivantes, à 15 euros  les petites ou à 25 euros au max les moyennes, les consommateurs vont se régaler, utiliser les têtes pour un fumet ou une bisque (voire les griller entières, mais ce n'est plus la même recette) et de plus, faire l'économie du disulfite de sodium ajouté comme conservateur...

Recette

Utilisez des queues de langoustines fraîches, ou si vous prenez des congelées, faites les doucement décongeler au frigo. Entaillez la partie supérieure de la carapace afin d'ôter le boyau noir et de permettre à la marinade de bien pénétrer.

bombrest1

Dans un saladier, mélanger les queues de langoustines, un trait de whisky, un peu d'huile d'olive, quelques pincées de paprika doux, du piment et les feuilles de laurier coupées en morceaux, comme ci dessous. Laissez mariner au moins deux heures.

bombrest3

Mettez les sur une braise vive, assez proches de la chaleur, afin qu'elles cuisent rapidement sans se dessécher. Comptez environ deux minutes pour chaque face de la grille panier, et remplacez là par une côte de oeuf, par exemple, histoire d'amortir le feu de bois!

La grille panier vient de Provence, où elle était principalement utilisée pour cuire à la braise, les tomates à la provençale. De ces ustensiles ingénieux, on n'en trouve plus hélas plus, ou difficilement dans les rayons barbecue des jardineries ou autres hypermarchés. Je m'en sers beaucoup, notamment pour passer à la braise de petites palourdes, un délice aussi.

bombrest4

Vous ai-je dit qu'on pouvait ajouter un peu de sel fin marin au moment de servir? Que cette façon de les cuire était la seule possible pour savourer néanmoins un produit congelé un peu pourrave?

bombrest5

Posté par Patrick Cadour à 10:10 - Crustacés - Commentaires [15] - Permalien [#]

Commentaires

EPI quoi quon boit avec?
Ca donne bien envie!

Posté par Pen Prad, vendredi 14 août 2009 à 11:36

Même remarque pour les crevettes de Guyane vendues par le Picard en question
Je connais le fournisseur ABCHE, sur le port de Cayenne, et je n'imagine pas un instant qu'ils mettent des cwevettes molles dans ces sachets !!
Bon si j'amène le pastis de Marseille tu deal ??

Posté par brigitte, vendredi 14 août 2009 à 13:30

Une côte de Oeuf? j'connais pô?
mdr!
Bon, à part ça j'ai tout lu tout vu tout écouté. Et j'trouve que t'es pas cool de nous montrer des grilles qui n'existent plus.
Mais je suis très d'accord avec toi pour les langoustines. Et en plus, c'est ce que je préfère. Avec le crabe. et les palourdes. et le bar.

Posté par tifenn, vendredi 14 août 2009 à 14:09

Je suis assez désappointé par tant de négligence ! Tu ne mets même pas la ouidéo du Tit' en train de barabriser-sur-Brest-ce-jour-là. C'est que j'ai été une star avec ça, moi, à l'époque !... Bon, en même temps, y'a peut-être que 200 clampins qui m'aient ouï massacrer Prévert, y'a donc pas de raison particulière pour que je m'offusque de voir Reggiani - qui se débrouille pas trop trop mal, faut avouer - plutôt que bibi ! :)

Posté par Tit', vendredi 14 août 2009 à 14:44

Ciel bleu sans trucage ! Ouai mais on est en été quand même!!!
Magnifique folie de bombarde
A l'aise Breiz.... et Breiz atao...
Et P..... de guerre, je suis trop jeune pour elle...des proches maintenant disparut en on laisser des plumes, mais je connaît bien Siam et recouvrance...

Posté par Thierry, vendredi 14 août 2009 à 22:41

Tonnerre de Brest !
(je sais, c'est pas original, comme réflexion).
Elle est chouette, la vidéo , pleine de peps et de joie de vivre !
les queues de langoustines Picad ? bah c'est pas de chance, ce dommage colatéral de la guerre...

Posté par Marie-Claire, samedi 15 août 2009 à 11:47

Mon dieu !!! Patrick, tu cuisines des produits pourraves ???????????? :(
Moi, j'en fais souvent des queues de langoustines (mon mari décharge les chalutiers à Loctudy et c'est souvent la godaille)
Je les fais à la poele flambées au wisky avec de l'espelette.
Pas loin de ta recette.
Et quand j'en ai trop :(, je fais une petite soupe que je congèle ou de la sauce à l'Armoricaine qui nous réchauffe bien la lotte l'hiver ;)
Bonne semaine

Posté par Maï, samedi 15 août 2009 à 12:20

très sympa comme recette
bravo
val

Posté par valerie, samedi 15 août 2009 à 20:08

Zut !

Pour l'assomption j'avais prévu entrée froide à base de crustacés et saumon en papillote. En fait il y avait tellement dans les assiettes froides qu'avec ma femme nous avons reporté les langoustines et le saumon à aujourd'hui. Et ZUT ! En découvrant ton site aujourd'hui, je viens d'apprendre un peu tard comment on tranche le haddockqueu (à Bordeaux on prononcce les "e" mais là ou ils sont pas) et comment rendre délicieuses les langoustines...
Ceci étant dit je n'ai plus qu'à comencer par visiter ton site formidable !

Willow

Posté par Willow, dimanche 16 août 2009 à 15:20

Perso, en dehors de la langoustine mayonnaise, point de salut ! :o)

Posté par Marcus, lundi 17 août 2009 à 23:30

J'aime bien ton site, viens voir le miens pour un petit clique ou 2 si ça te dis :P



http://www.new-york-lawyers-listing.com/

Posté par New York Lawyers, mardi 18 août 2009 à 08:05

Venant de la "côte" pour aller au "port" (de Brest) chercher "la pêcherie" de mon pêchou pour la vendre sur le marché,(de la "côte"...) toute première pour moi, je me dirige vers le 3ème éperon où se trouve le bateau, je passe recouvrance des crs partout....humhum, personne dans les rues.....grand moment de solitude, et là, à 10 mètres de mon but, juste à la sortie du pont, de recouvrance, un crs me stoppe, m'interdit d'aller plus loin, (j'ai pas tout compris là, je venais de recouvrance!!!!) je dois remonter vers la gare.....pour atteindre mon but!!!!ceci à 7 heures du mat!!!!
Donc je vous rejoins dans l'idée, tant d'années après, la guerre nous laisse bien des séquelles...et des incohérences!!!!!moi, j'ai faillis pleurer de rage, de n'avoir pas ouvert le journal ce là....
Merci pour ce "fort hommage" à notre ville, que peu de gens ne connaissent vraiment.....
Kenavo

Posté par izi29, mardi 18 août 2009 à 10:56

Après m'être mollement (c'est contagieux ?)demandé où se trouvait la côte de l'oeuf, un sourire aux lèvres, je m'apprête à faire rûdement tache. Hop :

Brest - Christophe Miossec

Est-ce que désormais tu me détestes
D'avoir pu un jour quitter Brest
La rade, le port, ce qu'il en reste
Le vent dans l'avenue Jean Jaurès
Je sais bien qu'on y était presque
On avait fini notre jeunesse
On aurait pu en dévorer les restes
Même au beau milieu d'une averse

Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest
Mais nom de Dieu, que la pluie cesse
Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest
Même la terre part à la renverse

Le Recouvrance que l'on délaisse
La rue de Siam, ses nuits d'ivresse
Ce n'est pas par manque de politesse
Juste l'usure des nuages et de tes caresses

Ceci n'est pas un manifeste
Pas même un sermon, encore moins une messe
Mais il fallait bien qu'un jour je disparaisse
Doit-on toujours protéger l'espèce ?

Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest
Mais nom de Dieu, que la pluie cesse
Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest
Mais nom de Dieu, que la pluie cesse
Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest
Même la terre part à la renverse
Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest
Est-ce que toi aussi ça te bouleverse ?

Est-ce que toi aussi ça te bouleverse
Ces quelques cendres que l'on disperse
Est-ce qu'aujourd'hui au moins quelqu'un te berce ?

Posté par Annie, vendredi 21 août 2009 à 12:25

Moi aussi ..

J'aime Brest, ville au premier abord, pas facile!

Posté par BBGS, samedi 22 août 2009 à 10:03

J'aime infiniment ta manière de nous dire avec humour quelques mots sur ta vie et ton quotidien puis de nous offrir d'aussi charmantes recettes. Tes photos sont superbes.

Bien cordialement
Christophe – Les marmites en émoi

Posté par CHRISTOPHE, dimanche 20 septembre 2009 à 23:34

Poster un commentaire